L’entretien comme tâtonnement et comme rencontre : la chambre noire d’une historienne en Tanzanie

Cet article présente une enquête par entretiens menée dans le cadre d’une thèse d’histoire sur l’éducation féminine en Tanzanie. Il revient sur l’ensemble de la démarche développée, depuis le choix du lieu d’enquête et des interlocutrices jusqu’à l’analyse des entretiens. Dans la lignée de l’approch...

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Dans:URI:https://journals.openedition.org/sources,
Auteur principal: Wenzek, Florence
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: Sources 2024
Sujets:
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Résumé:Cet article présente une enquête par entretiens menée dans le cadre d’une thèse d’histoire sur l’éducation féminine en Tanzanie. Il revient sur l’ensemble de la démarche développée, depuis le choix du lieu d’enquête et des interlocutrices jusqu’à l’analyse des entretiens. Dans la lignée de l’approche d’explicitation et de visibilisation des démarches de recherche que propose Sources, il ouvre ainsi la « chambre noire » dans laquelle j’ai travaillé en tant qu’historienne, avec deux séries d’objectifs, pour deux publics en partie distincts.Premièrement, il s’adresse aux personnes qui, travaillant sur les questions éducatives et/ou de genre, souhaitent construire un dialogue critique avec mes résultats ou réutiliser les entretiens que j’ai réalisés. En donnant des éléments pour situer les paroles recueillies, l’article donne les clés pour comprendre la fabrication du portrait des expériences éducatives féminines dressé dans ma recherche. Ce faisant, il permet de discuter la manière dont les choix méthodologiques ont influencé les résultats, et sur les démarches complémentaires que l’on pourrait développer pour affiner et enrichir les analyses proposées. Par ailleurs, en situant les paroles recueillies, je fournis une documentation permettant la réutilisation des entretiens que j’ai réalisés, puisque quatorze des femmes rencontrées ont donné leur accord pour que les enregistrements soient partagés. L’article détaille en particulier les conditions de réalisation des deux entretiens déposés en lien avec l’article, en version originale swahilie et en traductions française et anglaise. Ils donnent à voir les perspectives de deux femmes aux parcours contrastés, l’une n’ayant pas eu accès à l’école, l’autre ayant eu une scolarité secondaire, fait rare dans sa génération. Au-delà de ces deux entretiens, douze autres peuvent être partagés avec des personnes travaillant sur l’histoire de l’éducation ou des femmes en Tanzanie.Deuxièmement, cet article s’adresse à toutes les personnes qui, utilisant les entretiens dans leurs recherches en sciences sociales, s’interrogent sur l’articulation des enjeux méthodologiques et éthiques. Certaines sections de l’article reviennent sur des enjeux déjà bien présents dans la littérature sur l’entretien en sciences sociales (sélection des personnes rencontrées, relation d’enquête, anonymisation des enquêtées, prisme mémoriel), d’autres portent sur des questions beaucoup moins traitées, en particulier les questions de rétribution, le rôle des intermédiaires et la constitution d’archives orales. Pour tous ces enjeux, je montre mes tâtonnements de jeune chercheuse face à des recommandations contradictoires et dans un contexte culturel dont je ne maîtrisais pas tous les codes. Les arbitrages présentés doivent beaucoup aux rencontres avec les personnes enquêtées ainsi qu’avec les multiples intermédiaires qui ont contribué à ce travail. En explicitant la construction d’une recherche singulière, il s’agit de réfléchir à la manière dont l’éthique de l’entretien en sciences sociales se construit dans des pratiques situées.