Renée C.

À partir des archives provenant de l’association Mars 95, un dossier individuel d’une fillette - fille de fille-mère – désignée ici par un prénom fictif, Renée C., placée en 1939, à l’âge de 5 ans jusqu’à 22 ans, à l’Œuvre St. Marguerite, s’ébauche une biographie, mais pas seulement. Car outre l’arr...

Ausführliche Beschreibung

Gespeichert in:
Bibliographische Detailangaben
Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/rhei,
1. Verfasser: Ruchat, Martine
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » 2019
Schlagworte:
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:À partir des archives provenant de l’association Mars 95, un dossier individuel d’une fillette - fille de fille-mère – désignée ici par un prénom fictif, Renée C., placée en 1939, à l’âge de 5 ans jusqu’à 22 ans, à l’Œuvre St. Marguerite, s’ébauche une biographie, mais pas seulement. Car outre l’arrangement chronologique, ainsi que le repérage des différentes personnes qui prennent la plume, il faut retracer le récit d’une vie à partir des faits notifiés qui sont, à chaque écriture, réinvention, hier comme aujourd’hui. Il y a, à chaque fois, mises en mots et mises en scène. Dans cet article, ce sont celles des discours des professionnel·le·s qui sont privilégiées et en particulier leur obsession d’une sexualité hors mariage qui pourrait entraîner une nouvelle naissance illégitime : après la mère, la fille. Chaque auteur·trice des documents fait naître, à sa façon, Renée C. étrangère à leurs yeux. Or, les mots des professionnel-le-s sont repris par Renée au point de les faire siens et de s’approprier leur discours sur sa propre étrangeté. Cette assignation à une catégorie de l’étrangeté qu’est une fille de fille-mère ne peut qu’étonner, ce d’autant plus lorsqu’on y associe tout comportement incompris des professionnel-le-s ? Cette biographie de Renée C. rappelle que toute catégorie délimite une réalité forcément plus complexe ; par exemple, celle des prénoms qui relient à une généalogie, à des familles, du familier et de l’étranger, voire de l’inconnu (le père) ; celle des rapports de classes - des mondes étrangers l’un à l’autre - que rappelle le refus de Renée d’être surveillée, soupçonnée, considérée comme une subalterne et humiliée ; celle d’une culture religieuse qui fait du corps de la fille placée, un capital national et de sa sexualité, un enjeu moral. Par l’agencement des mots, ce récit biographique est aussi une nouvelle mise en scène.