La consommation comme expérience (littéraire) : Je paie d’Emmanuel Adely

Je paie se présente comme un texte (quasi) exclusivement documentaire, qui consiste en un relevé des dépenses quotidiennes de son auteur, strictement consignées jour après jour pendant dix ans. Il résulte de cette expérience un livre éminemment hybride, « OVNI » littéraire dont l’intérêt premier rés...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/elfe,
Autor principal: Heck, Maryline
Formato: Article ou chapitre numérique
Lenguaje:Français
Publicado: ELFe XX-XXI 2024
Materias:
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Sumario:Je paie se présente comme un texte (quasi) exclusivement documentaire, qui consiste en un relevé des dépenses quotidiennes de son auteur, strictement consignées jour après jour pendant dix ans. Il résulte de cette expérience un livre éminemment hybride, « OVNI » littéraire dont l’intérêt premier réside dans la manière dont il articule ainsi expérience ordinaire et littérature expérimentale. Je paie engage à penser une extension des frontières du littéraire, du côté des pratiques factographiques, du collage, et plus précisément de l’uncreative writing et du conceptual writing (Kenneth Goldsmith). C’est ce croisement entre ces deux modalités de l’expérience (celle faite dans la vie quotidienne, celle faite sur l’écriture littéraire) que l’on explore ici, afin de montrer comment il vient questionner ce qui peut fait œuvre (littéraire). On s’appuie pour cela sur la proximité de ce texte avec certaines pratiques plasticiennes, notamment l’art conceptuel. À l’instar de ces pratiques, le livre d’Adely interroge certains paradigmes conventionnels définissant l’œuvre d’art, désamorçant les critères esthétiques et l’idée d’une œuvre qui posséderait une valeur per se. Son entreprise doit bien plutôt être appréhendée avec une approche pragmatique et contextuelle, qui donne toute sa place au lecteur dans l’élaboration du sens de l’œuvre – l’expérience en jeu étant dès lors celle aussi de son récepteur. Je paie incite ainsi à élargir notre définition du littéraire, dans un double sens : à étendre, d’une part, le domaine de ce qui est recevable comme littéraire ; à élargir, également, le périmètre de notre approche de l’œuvre, en ne tenant pas seulement compte des propriétés inhérentes à l’objet, mais aussi des contextes dans lesquels il se trouve activé.