Alimentation d’une population historique
L’usure dentaire, les caries et les atteintes alvéolaires constituent les lésions les plus communes et souvent les plus informatives sur l’alimentation des populations du passé. Toutefois, le développement des techniques chimiques basées sur l’analyse des éléments traces et des isotopes stables cont...
Enregistré dans:
| 發表在: | URI:https://journals.openedition.org/bmsap, |
|---|---|
| 主要作者: | |
| 格式: | Article ou chapitre numérique |
| 語言: | Français |
| 出版: |
Bulletins et mémoires de la société d’anthropologie de Paris
2005
|
| 主題: | |
| 在線閱讀: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| 總結: | L’usure dentaire, les caries et les atteintes alvéolaires constituent les lésions les plus communes et souvent les plus informatives sur l’alimentation des populations du passé. Toutefois, le développement des techniques chimiques basées sur l’analyse des éléments traces et des isotopes stables contenus dans les ossements, a ouvert de nouvelles voies de recherche. L’analyse des isotopes stables permet de cerner la nature des aliments consommés par les individus. Ce travail s’inscrit dans cette perspective et propose une reconstitution des comportements alimentaires d’une population médiévale, à partir de l’analyse des isotopes stables de l’azote (15N/14N) et du carbone (13C/12C) contenus dans le collagène des os et des dents. Il a pour objectif de cerner l’évolution des régimes alimentaires à l’échelle de la population et au cours de la vie des individus et de discuter ses éventuelles relations avec des critères biologiques, archéologiques et chronologiques.Les squelettes ont été mis au jour dans le cimetière de l’Église Saint-Laurent de Grenoble. Ce site archéologique se trouve dans un des faubourgs de la ville de Grenoble, dans les Alpes du Nord (Isère). Le matériel comprend 336 individus à partir desquels 55 ont été sélectionnés pour les analyses isotopiques. Il s’agit de 34 sujets adultes et 21 immatures répartis en trois phases d’inhumation (notées phases 13, 14 et 15) qui s’étendent du XIIIe s. au XVe s.Dans un premier temps, afin de retracer au mieux les relations entre l’environnement et les hommes de Saint-Laurent, les analyses isotopiques ont porté sur un échantillon d’ossements humains et animaux. Deux grandes tendances alimentaires ont été détectées, l’une à dominante végétarienne et l’autre à dominante carnée ou de produits laitiers. Les individus de Saint-Laurent se placent dans un spectre continu entre ces deux tendances. Un apport alimentaire à base de poisson d’eaux douces ou marines, sans être écarté complètement, n’existait vraisemblablement pas dans des proportions importantes. En dépit du fractionnement de l’effectif en fonction de critères biologiques et chronologiques qui incite à la prudence, l’analyse des données isotopiques a permis de souligner que l’augmentation de l’apport en protéines animales entre le XIVe et le XVe s. serait associée à une plus grande longévité et à une plus grande stature et que les individus inhumés dans le cloître devaient avoir un accès plus aisé aux protéines animales que ceux inhumés sur la place de l’église. L’alimentation exclusivement à base de végétaux, signalée chez les ruraux à cette époque, n’est pas attestée à Saint-Laurent.Dans un deuxième temps, afin de montrer les modifications alimentaires au cours de la vie, une stratégie d’échantillonnage impliquant plusieurs tissus squelettiques d’un même individu a été utilisée. La cinétique de renouvellement différente des tissus osseux et dentaires permet d’obtenir des signaux isotopiques correspondant à des moments différents de la vie de l’individu. Sur ces bases, les modifications alimentaires liées à l’allaitement et au sevrage ont été étudiées car les tissus en croissance d’un nourrisson allaité s’enrichissent en azote-15. Trois prélèvements par individu ont été étudiés, au niveau d’une racine dentaire en formation correspondant à un signal alimentaire contemporain du décès et au niveau de l’os alvéolaire proche d’un germe dentaire et proche de dents déjà sur arcade, correspondant à des signaux antérieurs à la mort. Le sevrage des enfants médiévaux de Saint-Laurent devait débuter entre 2,6 et 3,3 ans. L’extension de cette stratégie d’échantillonnage à des enfants âgés entre 5 et 11 ans a montré un phénomène particulier, caractérisé par un enrichissement en azote-15 au moment du décès, vraisemblablement induit par un stress.Replacée dans le contexte historique, climatique et socio-politique de la fin du Moyen Âge pour la région de Grenoble, la large dispersion des signatures isotopiques en azote, au XIVe s., indiquerait un accès diversifié aux ressources de l’écosystème. Cette diversité pourrait aussi relever de moyens de subsistance disparates en raison d’évènements comme la guerre de Cent Ans et l’épidémie de peste (1348). L’augmentation de l’apport en protéines animales entre le XIVe s. et le XVe s. et la faible diversité de l’alimentation au XVe s. révèleraient une période de stabilité économique plus importante avec des conditions de vie plus uniformes caractérisant une économie alimentaire urbaine. Toutefois, ces observations pourraient également être induites par le niveau social plus élevé des individus inhumés dans le cloître, comparativement aux sujets inhumés sur la place de l’Église Saint-Laurent. |
|---|