En quête de sources

Cette étude se propose d’examiner comment des internautes mettent à l’épreuve des « fake news » et des « fact-check » dans le cadre de la controverse vaccinale sur Facebook, ainsi que les régimes probatoires qu’ils mobilisent pour fonder leurs arguments. La panique morale qui a entouré la constituti...

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Auteur principal: Berriche, Manon
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2021
Sujets:
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Résumé:Cette étude se propose d’examiner comment des internautes mettent à l’épreuve des « fake news » et des « fact-check » dans le cadre de la controverse vaccinale sur Facebook, ainsi que les régimes probatoires qu’ils mobilisent pour fonder leurs arguments. La panique morale qui a entouré la constitution de la désinformation comme un problème public a paradoxalement concouru à renforcer les contraintes de vérification pesant sur l’énonciation publique. Cette cristallisation des débats sur la question de la factualité de l’information occasionne toutefois davantage de tensions épistémiques qu’elle ne témoigne d’une épidémie de crédulité. En effet, derrière la distinction binaire construite par les discours journalistiques entre « fake news » et « fact-check », notre étude rend compte de la diversité des arguments et des preuves utilisés par les internautes. À partir d’une analyse de 14 287 commentaires, nous montrons l’importante mobilisation critique des « anti-vax » face aux « fact-check » moins pour s’opposer à leur contenu que pour contester leur posture d’énonciateur de vérité. Afin d’étayer leurs critiques, ils s’appuient sur des références hétérodoxes mais vont aussi puiser directement auprès d’études scientifiques. Ces pratiques informationnelles, couplées à leur mode d’argumentation, soulignent leur défiance à l’égard des sources qui servent d’intermédiaires entre la science et le grand public par contraste avec les « pro-vax » qui s’y réfèrent fortement. En définitive, ces résultats invitent à prolonger les travaux sur les transformations numériques de l’espace public par des analyses interrogeant la façon dont le déconfinement croissant de l’expertise amène les publics à confronter leurs propres méthodes d’enquête pour essayer de détenir le monopole de l’objectivité.