Le voyage de Théophile Gautier en Égypte ou les leçons d’un « accident de parcours »
Invité du ministre des Affaires étrangères égyptien, Théophile Gautier s’embarque à Marseille le 9 octobre 1869 en compagnie de toute une délégation française pour aller assister à l’inauguration solennelle du canal de Suez sous la présidence de l’impératrice Eugénie et du khédive Ismaïl d’Égypte. L...
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| Auteur principal: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Langue: | Français |
| Publié: |
Viatica
2023
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| Sujets: | |
| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Résumé: | Invité du ministre des Affaires étrangères égyptien, Théophile Gautier s’embarque à Marseille le 9 octobre 1869 en compagnie de toute une délégation française pour aller assister à l’inauguration solennelle du canal de Suez sous la présidence de l’impératrice Eugénie et du khédive Ismaïl d’Égypte. Les lecteurs du Journal officiel attendent avec impatience le compte rendu que l’écrivain voyageur leur proposera de l’événement, prévu le 17 novembre.Un événement imprévu va toutefois remettre en cause à la fois le voyage et son récit : dès le premier soir de la navigation, Gautier glisse sur l’escalier d’une passerelle et se luxe l’épaule… Voilà le projet mal engagé : les excursions au Caire et en Haute-Égypte sont remises sine die…Cet ultime périple de Gautier va donc se solder par un repos forcé et prolongé à l’hôtel Sheppeard du Caire, mais les contraintes qu’il induit pour les objectifs du voyageur vont se transformer en autant de « gênes exquises » particulièrement intéressantes aux yeux de qui s’intéresse à la problématique des « voyages inaboutis ». Gautier va en effet devoir pallier en premier lieu le principal motif de tout voyage : le déplacement, interdit au grand blessé qu’il est de facto dans une contrée aux infrastructures encore très rudimentaires. Dès lors, il fait en sorte que l’Égypte vienne à sa rencontre puisqu’il ne peut aller à elle : il transforme sa chambre d’hôtel en une sorte de « fenêtre ouverte sur le monde » qui l’autorise à profiter quoi qu’il en soit du spectacle que la réalité orientale lui offre. Autre stratégie mise en place par Gautier : transformer une scène banale en un tableau inédit, capable de surpasser en étrangeté les réalités de l’ailleurs égyptien, déjà maintes fois représenté par les peintres orientalistes. Quel plus beau témoignage de son talent pour l’écrivain au sommet de son art ?Un dernier point mérite de retenir l’attention : le fait que Gautier ose proposer à son public un récit de voyage inachevé, puisque six feuilletons seront en tout et pour tout publiés dans le Journal officiel, et il y manque même le compte rendu de l’inauguration programmée, à laquelle il a finalement pu assister après avoir repris quelques forces. Désinvolture ? Refus de s’engager dans la promotion d’un régime alors sur le déclin ? Il conviendra également de s’interroger sur le sens de cette lacune et plus globalement, sur celui de ce voyage involontairement inabouti, mais dont le récit paradoxal l’est tout autant, et cette fois de l’aveu même de l’auteur. |
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