Les errances du vin : ivresse, musique et signifiance dans Moderato cantabile de Marguerite Duras (1958)
Œuvre inaugurale en regard de ce qui deviendra le style de Marguerite Duras, Moderato cantabile conjugue le motif de l’enivrement alcoolique à la perturbation du sens dans le roman : celui-ci cesse d’obéir à une causalité narrative linéaire et à l’appartenance des signes aux réalités qu’ils désignen...
Shranjeno v:
| izdano v: | URI:https://journals.openedition.org/trans, |
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| Glavni avtor: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Jezik: | franç |
| Izdano: |
TRANS-
2022
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| Teme: | |
| Online dostop: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Izvleček: | Œuvre inaugurale en regard de ce qui deviendra le style de Marguerite Duras, Moderato cantabile conjugue le motif de l’enivrement alcoolique à la perturbation du sens dans le roman : celui-ci cesse d’obéir à une causalité narrative linéaire et à l’appartenance des signes aux réalités qu’ils désignent pour adopter une dynamique erratique, tantôt entraînée dans un mouvement de répétition circulaire, tantôt sujette à la dissémination aux confins du monde sensible. Déclinée également dans sa variation musicale, qui exacerbe une sensibilité à fleur de peau avivée par le vin, l’ivresse accomplit le dérèglement du et des sens, par lequel la pensée, puis le corps des protagonistes sont portés en-dehors d’eux-mêmes pour « aller hors de la rencontre », qui définit selon Blanchot le propre de l’errance. Catalysant la transgression, l’ivresse gagne la poétique du roman : si la structure redondante du récit et son développement par échos figurent le ressassement de la parole enivrée, les écarts syntaxiques de la prose et sa progression parataxique donnent aussi l’illusion d’une narration qui titube et défaille sous les effets de l’intoxication. C’est enfin dans l’extension d’un présent indécis, qui se déploie en marge du temps social, que s’accomplit l’expérience alcoolique, parachevant dès lors la dislocation du récit des ornières de l’intelligibilité. |
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