« Le livre se vend et se débite, se réimprime, et moi je suis toujours prisonnière »

En 1685, le Moyen court et facile de faire oraison de Madame Guyon paraît anonymement à Grenoble. Alors qu’on aurait tendance aujourd’hui à voir dans cet anonymat une forme de clandestinité, un acte prudentiel né de la conscience de produire un énoncé risqué, nous voudrions reprendre les réflexions...

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المؤلف الرئيسي: Piguet, Louise
التنسيق: Article ou chapitre numérique
اللغة:Français
منشور في: TRANS- 2021
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الملخص:En 1685, le Moyen court et facile de faire oraison de Madame Guyon paraît anonymement à Grenoble. Alors qu’on aurait tendance aujourd’hui à voir dans cet anonymat une forme de clandestinité, un acte prudentiel né de la conscience de produire un énoncé risqué, nous voudrions reprendre les réflexions de Xenia von Tippelskirch sur l’usage de l’anonymat au XVIIe siècle, montrant comment celui-ci répond à d’autres logiques qu’au seul geste de “censure structurale” (P. Bourdieu), et de poursuivre ces réflexions sur le terrain de l’institution censoriale. En pensant la question de la constitution de la responsabilité pénale de l’auteur•trice (M. Foucault) à travers le cas du Moyen court, on constate que Guyon n’est pas simplement une autrice face à la censure : non-seulement parce que se constitue autour d’elle une véritable équipe de publication (imprimeur-libraire, curés, théologiens, amis préfaciers…), mais aussi parce que, parmi ces affidés, se trouvent des membres de l’institution censoriale qui l’autorisent doublement (par l’éloge d’escorte et par l’acte administratif d’autorisation d’impression). Ainsi, la répression dont elle fera bientôt l’objet pose de nombreuses question : qui porte la reponsablité juridique de la publication d’énoncés, l’autrice, ou ceux qui ont approuvé son livre ? Qui punir : l’autrice ou le livre? On verra aussi dans cet article qui punit : le feuilleté juridictionnel qui intervient dans cette affaire fait apparaître la justice administrative (la lettre de cachet), la justice ecclésiastique locale (l’officialité), la justice romaine (l’index), la police (le célèbre premier lieutenant général de la police de Paris, La Reynie). Porter le regard sur un cas précis permet de dé-monolithiser les notions de “loi”, de “censure”, d’“Eglise”, d’“auteur•trice”, et de voir comment le dehors et le dedans se conçoivent selon des lignes mouvantes et affrontées.