Sous le casque colonial. Aux origines climato-techniques d’un couvre-chef militaire (Empire britannique des Indes, années 1850)

Cet article retrace l’émergence du casque militaire colonial comme dispositif de protection contre la chaleur dans l’Empire britannique des Indes au milieu du xixe siècle. À partir de l’introduction officielle d’un modèle en osier dans l’armée britannique en 1858, il montre comment ce couvre-chef, l...

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Pubblicato in:URI:https://journals.openedition.org/traces,
Autore principale: Chamayou, Grégoire
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: Tracés 2026
Soggetti:
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:Cet article retrace l’émergence du casque militaire colonial comme dispositif de protection contre la chaleur dans l’Empire britannique des Indes au milieu du xixe siècle. À partir de l’introduction officielle d’un modèle en osier dans l’armée britannique en 1858, il montre comment ce couvre-chef, loin d’être un simple accessoire, s’articulait à un ensemble de préoccupations climatiques et raciales. S’appuyant sur des documents militaires, des textes médicaux et des témoignages de la mutinerie des Cipayes, cette contribution montre que ce solar helmet fut conçu comme une tactique contre-insurrectionnelle face à l’hécatombe de soldats britanniques terrassés par des « coups de chaleur ». Ce dispositif technique s’ancrait dans des théories de « racisme climatique » postulant une vulnérabilité intrinsèque des Européens aux climats tropicaux, par contraste avec une supposée résistance naturelle des « indigènes ». Cette conception justifiait une stricte division ethno-climatique du travail tout en posant le dilemme stratégique de la présence coloniale blanche sous les tropiques. Le casque apparaît comme une solution technique participant d’un survivalisme ethno-climatique à fonctions multiples : garantir la survie sanitaire des corps blancs vulnérables, assurer la pérennité d’un régime colonial fragile et préserver l’identité d’une race blanche déracinée. Dans le prolongement des analyses foucaldiennes des technologies politiques, cette enquête éclaire une thermopolitique coloniale guidée par une question cruciale : comment, dans un climat hostile, conserver la domination ?