Covid-19 : « La faim se nourrit de toutes les inégalités, de toutes les vulnérabilités ». Entretien avec Jean-François Riffaud, Directeur général d’Action contre la Faim, 28 janvier 2021

L’interview avec Jean-François Riffaud, directeur général d'Action contre la Faim (ACF), aborde le point de vue de cette organisation non gouvernementale (ONG) sur la nature et les effets de la crise pandémique de Covid-19 ainsi que sur ses pratiques humanitaires. Bien que le taux de circulatio...

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Bibliografski detalji
Izdano u:URI:https://journals.openedition.org/traces,
Glavni autor: Riffaud, Jean-François
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Tracés 2022
Teme:
Online pristup:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Sažetak:L’interview avec Jean-François Riffaud, directeur général d'Action contre la Faim (ACF), aborde le point de vue de cette organisation non gouvernementale (ONG) sur la nature et les effets de la crise pandémique de Covid-19 ainsi que sur ses pratiques humanitaires. Bien que le taux de circulation et de reproduction du virus fût beaucoup plus faible qu’en France, les gouvernements de la plupart des pays pauvres ont pris des mesures de protection et de confinement qui ont eu de graves effets socio-économiques et psychologiques sur les populations. Entre avril et juin 2020, par exemple, ces mesures ont provoqué une baisse de 20 à 50 % de la fréquentation des centres de soins gérés par ACF, notamment ceux destinés aux enfants. Parmi d’autres facteurs (comme les conflits), cette réalité a contribué à l’augmentation des cas de malnutrition. Ainsi, les Nations unies prévoient que le nombre de personnes souffrant de malnutrition aiguë sera bientôt de deux cent trente millions à travers le monde (contre cent cinquante millions à la fin de 2020). Outre les effets secondaires des mesures de protection, avec une prévalence de la malnutrition et de l'insécurité alimentaire supérieure à la prévalence clinique du virus, J.-F. Riffaud souligne un contexte de grande incertitude dans lequel la prise de décision est particulièrement difficile. Elle l’est d’autant plus que la crise met en évidence des logiques contre-intuitives : par exemple, les personnes les plus touchées par le virus ne sont pas forcément les plus vulnérables en termes de malnutrition. L’interview nous rappelle également l’extrême fragilité des systèmes de santé et de protection sociale dans les pays pauvres, la faim résultant de dysfonctionnements structurels liés à des choix politiques et économiques spécifiques et identifiables. La nature politique de la question de la faim exige donc de ne pas limiter sa représentation à des événements exceptionnels (sécheresse, guerres, etc.), et de ne pas en réduire la gestion à un seul acte technique, au risque d’empêcher non seulement sa compréhension mais aussi la capacité de porter un regard critique sur les effets ambivalents et inattendus de certaines actions, dont celles des ONG. Dans la période actuelle, malgré les incertitudes et le risque pour le personnel, notamment les expatriés, d’être un vecteur du virus, ACF a décidé de poursuivre ses activités (programmes nutritionnels d’urgence, renforcement agro-écologique...). Pour l’ONG, il s’agit de rester fidèle à son « éthique et à son mandat auprès des communautés ». En définitive la crise semble valider trois impératifs d’un agenda commun à toutes les ONG humanitaires : la localisation de l’aide, le partenariat avec la société civile et les communautés locales, et la mutualisation, au-delà d’une simple logique de rentabilité.