Un travail sans durée ?

Comment les agriculteurs pensent-ils le temps ? Quelles catégories, quelles mesures temporelles mobilisent-ils dans leur vie quotidienne ? La conception du travail comme temps passé a-t-elle un sens pour ce groupe qui, dans les enquêtes de la statistique nationale, déclare les durées hebdomadaires l...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/temporalites,
Autor Principal: Paye, Simon
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado: Temporalités 2026
Sujets:
Acceso en liña:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Résumé:Comment les agriculteurs pensent-ils le temps ? Quelles catégories, quelles mesures temporelles mobilisent-ils dans leur vie quotidienne ? La conception du travail comme temps passé a-t-elle un sens pour ce groupe qui, dans les enquêtes de la statistique nationale, déclare les durées hebdomadaires les plus élevées de toutes les catégories socio-professionnelles ? Cet article analyse dans un premier temps les manières de répondre des agriculteurs à un questionnaire diffusé en 2024 et ce qu’elles révèlent de leurs (in)dispositions à déclarer une « durée de travail » in abstracto. La seconde partie de l’article prend appui sur un corpus d’entretiens durant lesquels les enquêtés ont été invités à décrire une journée de leur vie quotidienne. L’examen de ce matériau met en évidence une trame narrative récurrente, construite sur une alternance entre des temps « durs » associés à des tâches peu différables, et des temps plus indéterminés pouvant être consacrés à une vaste constellation de tâches hétérogènes. Les agriculteurs privilégient alors des catégories vernaculaires (« bricole », « relâche », « paperasse », ou « causette »), tout en se réappropriant certaines catégories d’origine institutionnelle (comme celle d’« astreinte »). Au final, leur perception du temps apparaît indissociable des tâches réalisées, et s’incarne dans un langage ancré dans l’expérience concrète de la pratique, tout à l’opposé de la notion abstraite de « durée de travail ».