S’approprier la « frontière » et invisibiliser l’immigré dans la fabrique urbaine de Nicosie Sud

Depuis l’invasion turque de 1974, la partie méridionale de la vieille ville de Nicosie, la capitale de Chypre, a été délaissée par ses habitants hellénophones parce qu’elle leur rappelait ce passé douloureux. Des communautés immigrées s’y sont alors installées. Depuis l’ouverture, en 2003, en plein...

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Gepubliceerd in:URI:https://journals.openedition.org/tem,
Hoofdauteur: Sabrié, Marion
Formaat: Article ou chapitre numérique
Taal:Français
Gepubliceerd in: Territoire en mouvement 2020
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Online toegang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Omschrijving
Samenvatting:Depuis l’invasion turque de 1974, la partie méridionale de la vieille ville de Nicosie, la capitale de Chypre, a été délaissée par ses habitants hellénophones parce qu’elle leur rappelait ce passé douloureux. Des communautés immigrées s’y sont alors installées. Depuis l’ouverture, en 2003, en plein cœur de la vieille ville, de trois points de passage de la Ligne verte (dont un à l’extrémité occidentale de la ville historique), les hellénophones reviennent dans ce quartier. Malgré le conflit souvent latent dans les esprits, la pacification de la ligne de démarcation et de ses abords explique cette réappropriation de l’ancien centre-ville. Basé sur une soixantaine d’entretiens semi-directifs menés auprès de Nicosiotes entre 2015 et 2018, cet article analyse les modalités d’apaisement de la question chypriote par l’urbain et la métropolisation de la capitale, accélérée par l’adhésion à l’Union européenne de l’île en 2004, ainsi que la façon dont ces processus poussent les Chypriotes grecs à réinvestir un centre-ville longtemps répulsif, déplaçant ses populations immigrées défavorisées vers les périphéries. Les différents processus mentionnés, ainsi que la « mise en tourisme » des abords de la zone tampon ou « mise en scène de la conflictualité » (Gœury, 2008), sont concomitants avec une stratégie inconsciente d’effacement des groupes non hellénophones. Parallèlement à la mise en visibilité de la frontière, les communautés immigrées sont progressivement invisibilisées par la lente gentrification, alors que les hellénophones se réinstallent dans le territoire de la vieille ville méridionale.