«  Rien ne se perd ! » : Récupérer les déchets au Caire, à Casablanca et à Istanbul

Les récupérateurs de déchets, zabbâlîn au Caire, bouâra à Casablanca ou toplayıcılar à Istanbul collectent au porte-à-porte, fouillent dans les poubelles ou les décharges afin de requalifier des restes qui auraient, sans leur travail d’extraction, achevé leur trajectoire. Ils donnent ainsi une autre...

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Bibliografische gegevens
Gepubliceerd in:URI:https://journals.openedition.org/tc,
Hoofdauteur: Florin, Bénédicte
Formaat: Article ou chapitre numérique
Taal:Français
Gepubliceerd in: Techniques & culture 2022
Onderwerpen:
Online toegang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Omschrijving
Samenvatting:Les récupérateurs de déchets, zabbâlîn au Caire, bouâra à Casablanca ou toplayıcılar à Istanbul collectent au porte-à-porte, fouillent dans les poubelles ou les décharges afin de requalifier des restes qui auraient, sans leur travail d’extraction, achevé leur trajectoire. Ils donnent ainsi une autre vie à ces objets qui, loin d’être des rebuts à leurs yeux, ont une valeur précise et constituent une ressource essentielle : leur gagne-pain. Non reconnus et quasi invisibles car « c’est le dernier des métiers », ces travailleurs de l’ombre ne forment cependant pas des groupes homogènes : plus on ramasse l’ordure ultime, plus on est en position inférieure, reléguée et réprouvée. La hiérarchie des places s’articule ainsi à la hiérarchie des restes. Cette assignation sociale et spatiale inférieure explique aussi que, en dépit d’un discours médiatisé sur le recyclage, le réemploi et le « développement durable », les récupérateurs aient peu voix au chapitre et soient rarement associés aux réformes des politiques publiques. De même, leur travail de délestage de la ville de quantité d’ordures, vendues aux entreprises de recyclage via les grossistes, fonde le système formel et lucratif de valorisation de restes, mais ne leur donne pas accès à des droits du travail ou à des droits sociaux. Face à cette exclusion, ressentie comme une injustice, les récupérateurs, par les actions de leurs leaders, veulent se faire entendre et élaborent un discours sur leurs compétences professionnelles et la dimension écologique de leur travail ; s’ils préfèrent toujours rester invisibles individuellement, ils tentent par ces tentatives d’organisation et de mobilisation d’acquérir une visibilité collective, une légitimité professionnelle et, surtout, la reconnaissance qu’ils sont bien des citadins à part entière.