Tréfonds et lointains à demeure. Collections de coquillages et souvenirs dans les appartements au xixe siècle

Au xixe siècle, les coquillages s’échouent en nombre dans les intérieurs et singulièrement dans ceux de la bourgeoisie. Ils apparaissent alors comme des abrégés de l’histoire du monde. Piolets en main, les amateurs parcourent les campagnes où ils trouvent dans les profondeurs du sol des traces antéd...

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Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/tc,
1. Verfasser: Charpy, Manuel
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Techniques & culture 2013
Schlagworte:
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:Au xixe siècle, les coquillages s’échouent en nombre dans les intérieurs et singulièrement dans ceux de la bourgeoisie. Ils apparaissent alors comme des abrégés de l’histoire du monde. Piolets en main, les amateurs parcourent les campagnes où ils trouvent dans les profondeurs du sol des traces antédiluviennes, voire des témoins d’une histoire naturelle alors en cours de redéfinition. Si les monstres déguerpissent de l’imaginaire collectif, les nautilus et autres coquillages des profondeurs sont avidement collectionnés comme autant d’objets venus des abysses, derniers territoires inconnus. Cueillir, nettoyer et classer ces objets collectés sont autant de manières de dialoguer à demeure avec les lointains. Les coquillages exotiques, venus du monde entier comme les coquilles tirées des collections des expéditeurs des siècles précédents voire des expéditions de la première moitié du xixe siècle, sont commercialisés et collectionnées dans toute la France. Plus encore, alors que la passion des objets « sauvages » se diffuse, les coquillages sont collectés comme des objets ethnographiques : matière d’outils et d’armes ou monnaie, ils sont les témoins de cultures matérielles archaïques. Les appartements bourgeois, sorte d’arches de Noé, sauvent ainsi ces traces d’un passé nébuleux qui tient à la fois d’un âge d’avant le déluge et du temps indéfini de la tradition. Mais si les coquillages s’accumulent dans les intérieurs, c’est aussi qu’ils racontent des histoires intimes : souvenirs d’enfance des villégiatures, ils deviennent aussi des bibelots-souvenirs, au moment où l’achat de bibelots devient inséparable du tourisme. Sémiophores bavards autant qu’objets frontières, les coquillages, entre nature et culture, nourrissent les rêves d’évasion des bourgeois du siècle.