Une soupe peu ordinaire

Aussi loin que l’on remonte dans les sources historiques, les Mongols apparaissent comme étant des mangeurs de viande. Au XIIIe siècle, ils consommaient la viande accompagnée d’un bol de son bouillon de cuisson. Aujourd’hui, chez les Mongols de la République de Mongolie, composée majoritairement de...

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發表在:URI:https://journals.openedition.org/tc,
主要作者: Ruhlmann, Sandrine
格式: Article ou chapitre numérique
語言:Français
出版: Techniques & culture 2011
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實物特徵
總結:Aussi loin que l’on remonte dans les sources historiques, les Mongols apparaissent comme étant des mangeurs de viande. Au XIIIe siècle, ils consommaient la viande accompagnée d’un bol de son bouillon de cuisson. Aujourd’hui, chez les Mongols de la République de Mongolie, composée majoritairement de Mongols halhs, l’élément principal du repas n’est autre qu’une soupe de viande. Selon la définition mongole, la viande qui nourrit et fait repas est nécessairement fraîche et grasse. Le mode de cuisson qui confère à la viande ses propriétés nutritives et préserve ses qualités requises est le bouilli. La fin du XVe siècle, date de leur conversion au bouddhisme, marque un tournant dans la vie des Mongols, à commencer par leurs pratiques funéraires  : ils se voient interdits de sacrifier des animaux et de consommer de la viande à l’occasion de la mort d’un humain. En réalité, cet interdit bouddhique, qui se traduit par des règles alimentaires, concerne à la base le partage de la part sacrificielle de viande destinée aux mânes des ancêtres, cette part qui devait être rôtie pour leur parvenir.Le repas des funérailles comporte cependant, aujourd’hui, de la viande. À partir d’une étude des chaînes opératoires de préparation, de distribution et de consommation de la viande, l’auteur montre comment une série d’inversions, que justifie la mort d’un humain, se retrouve jusque dans les techniques de préparation, de distribution et de consommation de la viande de la soupe offerte au repas des funérailles – soupe revêtant une forme toute particulière.À partir d’un cas particulier observé, l’auteur retrace, sur la base d’une étude des techniques culinaires, les évolutions des pratiques funéraires mongoles et les croyances qui leur sont attachées. Les croyances populaires chamaniques prébouddhiques et bouddhiques, relatives à l’âme et à son devenir post mortem, n’ont pas été complètement éradiquées, ni par trois siècles de politique anti-chamanique du clergé bouddhique ni par un demi-siècle de politique antireligieuse du parti politique communiste. Les Mongols consomment une viande non ordinaire – fraîche mais techniquement dégraissée et rôtie –, et semblent s’en accommoder en contexte funéraire, tandis qu’ils seraient offensés de se la voir offrir et de devoir la manger au quotidien. Ne serait-ce pas là une manière de nourrir l’âme du mort d’une viande rôtie comme la pratique chamanique prébouddhique le préconisait au XIIIe siècle à travers le sacrifice animal  ?