Ranimer, recouvrer, réparer : le cinéma d’archive africain après l’indépendance et la question de la restitution

Alors que se multiplient les appels pour la restitution du patrimoine culturel africain par les musées et collections ethnographiques du Nord global, qu’en est-il de l’héritage cinématographique, tout autant déplacé, dispersé et isolé  ? Cet article s’interroge, dans une perspective historique, sur...

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Detalhes bibliográficos
Publicado no:URI:https://journals.openedition.org/sources,
Autor principal: Perneczky, Nikolaus
Formato: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicado em: Sources 2025
Assuntos:
Acesso em linha:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrição
Resumo:Alors que se multiplient les appels pour la restitution du patrimoine culturel africain par les musées et collections ethnographiques du Nord global, qu’en est-il de l’héritage cinématographique, tout autant déplacé, dispersé et isolé  ? Cet article s’interroge, dans une perspective historique, sur la signification des débats actuels autour de la restitution pour l’héritage audiovisuel colonial et postcolonial de l’Afrique, en examinant les films d’archives réalisés au lendemain de l’indépendance africaine. Plus précisément, je soutiens que la pratique du cinéma fait à partir de matériaux d’archives africaines (ou found footage) est une interrogation sur les conditions, les possibilités et les limites de la restitution des images animées. J’examine trois films d’archives produits dans les années 1960 et 1970, en les replaçant dans le contexte des luttes autour de la mémoire historique du colonialisme et des contestations politiques de l’ère post-indépendance. Ces œuvres comptent parmi les premiers films africains à utiliser des images trouvées (fixes et animées). Leur parcours archivistique témoigne de la violence de l’objectivation inhérente aux images et aux classifications d’archives, ainsi que de la saisie et de la destruction d’archives par les États postcoloniaux cherchant à contrôler la mémoire contestée de l’indépendance. À travers ces cas, je propose une lecture du cinéma d’archives africain à la fois comme une restitution et comme une interrogation critique sur cette restitution : tout en récupérant matériellement des images qui auraient autrement pu rester inaccessibles, les films mettent en scène une enquête formelle sur la réappropriation des images d’archives, explorant non seulement les possibilités qu’implique leur retour, mais aussi les conditions et les limites qui déterminent leur utilisation. Au-delà de la récupération des archives, les cinéastes africains ont abordé les archives en tant qu’institutions : en tant que lieux où les images sont conservées, classées et mises à disposition de manière sélective, et en tant qu’espaces d’enfermement et de séquestration. Ma réflexion passe d’une lecture attentive de films individuels à une reconstruction de leur contexte de production historique et de leur postérité archivistique, démontrant comment les conditions matérielles de l’archivage façonnent et limitent les possibilités de réappropriation. Je soutiens donc qu’un projet viable de restitution des images animées ne peut aujourd’hui prendre forme qu’à travers une réflexion critique sur l’héritage colonial (et les séquelles postcoloniales) dans l’archivage audiovisuel.