Et vint la liberté (Sékoumar Barry, 1968) : réflexion autour d’un film en Guinée révolutionnaire

En 1968, Sékoumar Barry réalise et monte le long métrage Et vint la liberté, sur un texte de son compatriote Mamadou Barry. Œuvre de propagande pour célébrer les dix ans de l’indépendance de la Guinée, ce film est emblématique du projet nationaliste et révolutionnaire porté par le régime de Sékou To...

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Bibliografski detalji
Izdano u:URI:https://journals.openedition.org/sources,
Glavni autori: Pauthier, Céline, Goerg, Odile, Chomentowski, Gabrielle
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Sources 2025
Teme:
Online pristup:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Sažetak:En 1968, Sékoumar Barry réalise et monte le long métrage Et vint la liberté, sur un texte de son compatriote Mamadou Barry. Œuvre de propagande pour célébrer les dix ans de l’indépendance de la Guinée, ce film est emblématique du projet nationaliste et révolutionnaire porté par le régime de Sékou Touré (1958-1984). Le scénario participe de l’entreprise de décolonisation des esprits et de renversement de l’histoire coloniale. Il dénonce esclavage et colonisation et magnifie les réalisations de la jeune nation. Il retrace l’histoire des résistances à la conquête coloniale en Guinée pour établir la continuité avec la lutte anticoloniale des années 1950 et exalter l’héroïsme du leader Sékou Touré. La bande-son est elle aussi significative : on y entend les airs traditionnels de Guinée joués par les ensembles nationaux, dont le régime a entrepris l’inventaire et la préservation tout en les revisitant. Le film est aussi emblématique d’une génération de cinéastes guinéens, les premiers Africains à être envoyés à l’étranger pour se former aux métiers du cinéma, en France et surtout dans les pays du bloc socialiste, avec lesquels la Guinée noue alors de nombreux accords de coopération. Sékoumar Barry est un des premiers Guinéens à être formé aux métiers du cinéma en Yougoslavie et son film, monté en Pologne, témoigne par son processus créatif de ces collaborations cinématographiques entre la Guinée et les pays communistes d’Europe de l’Est.Cet article propose une analyse du film Et vint la Liberté, dont une version circule sur les réseaux sociaux, accompagnée d’une réflexion sur son contexte de production et sur la réception dont il a fait l’objet en Guinée et à l’étranger, essentiellement dans des festivals de cinéma. L’article interroge également le nouvel intérêt suscité par ce film sur les réseaux sociaux en termes d’objet mémoriel mais également au regard de la préservation et de la valorisation des films guinéens. Outre le film lui-même, nous nous appuyons sur la presse (le journal étatique Horoya, la presse cinématographique concernant les festivals) et sur plusieurs entretiens menés avec Sékoumar Barry (2003, 2015, 2022, 2023 et 2024) et avec le scénariste du film Mamadou Barry dit Petit Barry (2023). Entre la production et la réception, que l’on peut qualifier de « contrainte », du film par les Guinéens sous Sékou Touré, sa diffusion lors des festivals, son utilisation lors des visites diplomatiques et son statut patrimonial actuel, nous proposons ici de revenir sur les destins divers que connut Et vint la liberté, donnant à voir un aspect des fonctions attribuées au cinéma dans l’Afrique révolutionnaire de la fin des années 1960.