Écrire l’histoire juridique de la folie en Afrique française (fin xixe siècle-1960)
L’histoire juridique de la folie a longtemps demeuré un sujet de recherche marginal au sein des études sur le droit et la justice coloniale français des xixe et xxe siècles. Depuis environ une décennie, les études sur la folie en situation coloniale, dans le continent africain, font l’objet d’un ren...
Spremljeno u:
| Izdano u: | URI:https://journals.openedition.org/sources, |
|---|---|
| Glavni autor: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Jezik: | Français |
| Izdano: |
Sources
2024
|
| Teme: | |
| Online pristup: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Sažetak: | L’histoire juridique de la folie a longtemps demeuré un sujet de recherche marginal au sein des études sur le droit et la justice coloniale français des xixe et xxe siècles. Depuis environ une décennie, les études sur la folie en situation coloniale, dans le continent africain, font l’objet d’un renouveau, à la fois thématique et méthodologique, dont témoigne l’essor de programmes de recherche spécifiques, collectifs et pluridisciplinaires, tels que AMIAF (« Aliéné mental et indigène. Histoire d’une double discrimination de statut en Afrique française ») et MADAF (« A History of Madness in West Africa: Governing Mental Disorder during Décolonisation [1940s-1970s] »). Les discours et les pratiques juridiques autour de l’altération mentale des populations colonisées par la France en Afrique sont au cœur des recherches que l’équipe pluridisciplinaire du programme AMIAF conduit depuis 2019. La réflexion autour des sources à mobiliser dans une telle démarche s’avère primordiale. À travers quels documents est-il possible d’étudier le traitement juridique de la folie en situation coloniale ? Comment les ficher, les interroger, les interpréter et les croiser entre elles ? Qu’est-ce que leur configuration nous dit du discours et des pratiques juridiques et administratives autour de la folie (des populations colonisées en particulier) ? À l’aune de ces questionnements, cet article se penche sur les défis méthodologiques soulevés par la constitution d’un corpus qui permet d’étudier le traitement juridique et administratif de la folie dans les territoires africains anciennement colonisés par la France. Les sources au cœur de cette contribution émanent essentiellement des fonds des Archives nationales d’outre-mer d’Aix-en-Provence, du Service historique de la défense de Toulon, de certaines revues médicales de l’époque considérées consacrées à la médecine et à la psychiatrie coloniale. Il s’agit des matériaux hétérogènes et dispersés, non seulement au niveau géographique mais également au sein d’un même fonds d’archives, qui laissent émerger un éclatement du traitement juridique de la folie dans des contextes disparates (arrestations, procédures d’internement suivant le régime de l’indigénat, plaintes, réformes du cadre législatif, gestion des lieux de soin existant avant la colonisation, questions financières, procédures judiciaires), indépendants des institutions de santé, qui dépassent largement les préoccupations sanitaires pour toucher plutôt aux politiques coloniales, au maintien de l’ordre public et aux questions d’ordre financier.Dans cette contribution, ces sources sont interrogées à travers la bibliothèque numérique AMIAF, conçue et réalisée dans le cadre de la recherche ANR homonyme. Loin de se borner à réunir un corpus documentaire, cet outil numérique permet à ses usagers d’interroger les documents hébergés suivant des cheminements inédits qui rendent possible la réalisation d’opérations originales de triage et d’ordonnancement des sources. Parmi les modalités de recherche et ordonnancement offertes par la bibliothèque AMIAF figurent les « Index » et le « Nuage de tags ». À l’aide de ces instruments de recherche, en particulier l’index des « Mots de la folie » et le tag « Signes de la folie » l’article s’arrête sur le vocabulaire utilisé par les acteurs du droit colonial dans la désignation de l’altération mentale des populations africaines, ainsi que les éléments dont ils se servent pour la détecter. Loin de toute prétention d’exhaustivité ou d’analyse achevée en la matière, ces exemples souhaitent faire émerger les atouts d’une recherche au sein de cet outil où les documents hébergés sont affichés et ordonnancés suivant un ordre et des critères qui permettent au chercheur de réaliser aisément des analyses croisées inédites. |
|---|