Un journal à l’hôpital. Réformer la psychiatrie dans l’Algérie coloniale en guerre (1953-1959)
Entre 1953 et 1959, l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville (HPB) fait paraître un hebdomadaire intérieur, sobrement intitulé Notre Journal. Rédigé conjointement par les malades, le personnel soignant et les médecins de l’établissement colonial, le feuillet est considéré comme le « ciment social ...
Kaydedildi:
| Yayımlandı: | URI:https://journals.openedition.org/sources, |
|---|---|
| Yazar: | |
| Materyal Türü: | Article ou chapitre numérique |
| Dil: | Français |
| Baskı/Yayın Bilgisi: |
Sources
2024
|
| Konular: | |
| Online Erişim: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Özet: | Entre 1953 et 1959, l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville (HPB) fait paraître un hebdomadaire intérieur, sobrement intitulé Notre Journal. Rédigé conjointement par les malades, le personnel soignant et les médecins de l’établissement colonial, le feuillet est considéré comme le « ciment social » d’une vaste réforme thérapeutique, engagée à l’initiative du docteur Frantz Fanon. En tant que support et témoin privilégié de la réforme, le journal constitue à la fois l’un des espaces où la socialthérapie s’élabore en paroles et en actes, et où ses concrétisations, ses représentations et ses contradictions se donnent à voir le plus distinctement. À partir du dépouillement de 165 numéros parus au cours des six années d’existence de l’hebdomadaire, cet article fait valoir l’intérêt d’une telle source pour l’histoire de la psychiatrie et de sa réforme dans l’Algérie coloniale. L’analyse des exemplaires du bulletin permet d’émanciper l’histoire de la psychothérapie collective algérienne de celle de son initiateur. Sans minimiser l’influence du docteur Fanon sur la trajectoire d’une réforme thérapeutique dont il est le maître d’œuvre, l’article tend à redonner au projet toute son épaisseur historique et collective. En révélant la manière dont les internes, le personnel soignant et les malades s’approprient et mettent quotidiennement en œuvre les principes défendus par le psychiatre martiniquais, il rappelle que la socialthérapie ne se réduit pas à l’action et à l’itinéraire d’un seul homme : alors que les prémices de psychothérapie collective précèdent l’arrivée de Frantz Fanon en Algérie, la réforme survit à son départ, malgré les difficultés qui s’ensuivent. En faisant de l’hebdomadaire intérieur son objet et sa source principale, l’article évalue le rôle endossé par Notre Journal dans la transformation des pratiques psychiatriques à l’HPB. Tour à tour vecteur de diffusion, ressource thérapeutique, outil de professionnalisation et tribune politique, le bulletin s’affirme incontestablement comme l’un des principaux relais du paradigme défendu par le docteur Fanon. S’il contribue au changement d’échelle de la dynamique réformatrice et offre une portée collective aux revendications et récriminations des patients, l’hebdomadaire révèle une réforme à géométrie variable : selon leurs convictions, leurs ressources ou leurs statuts personnels, psychiatres, internes, infirmiers et malades s’emparent différemment du projet initié par le docteur Fanon.En complexifiant le portrait de la socialthérapie algérienne, cet article invite finalement à ne pas surévaluer la spécificité de l’entreprise réformatrice menée à l’HPB. Sur le plan de la rhétorique déployée dans les pages de l’hebdomadaire intérieur comme du protocole et des techniques thérapeutiques mises en œuvre, la démarche initiée en Algérie s’inspire des expériences engagées précédemment au Nord de la Méditerranée. La singularité de l’expérience menée outre-mer réside principalement dans l’intérêt manifesté pour la culture et les croyances locales, d’où découle un paradigme intercommunautaire qui fait office de projet de société radical et alternatif. Dans le contexte de l’Algérie coloniale en guerre, l’hebdomadaire a le plus grand mal à maintenir son statut de garde-fou face à l’intensification des tensions politiques et militaires, qui pèsent vraisemblablement dans la disparition du bulletin. |
|---|