Ce qu’on montre du travail : saisir par la photographie les rapports sociaux dans les entreprises éthiopiennes
Cet article s’inscrit dans une démarche qui met l’analyse de l’interaction entre chercheur·e·s et enquêté·e·s au cœur de la pratique socio-visuelle, à partir d’une étude réalisée dans des entreprises en Éthiopie. Il analyse le jeu, au sens ludique et théâtral, autour de la prise de vue comme une man...
Kaydedildi:
| Yayımlandı: | URI:https://journals.openedition.org/sources, |
|---|---|
| Yazar: | |
| Materyal Türü: | Article ou chapitre numérique |
| Dil: | Français |
| Baskı/Yayın Bilgisi: |
Sources
2024
|
| Konular: | |
| Online Erişim: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Özet: | Cet article s’inscrit dans une démarche qui met l’analyse de l’interaction entre chercheur·e·s et enquêté·e·s au cœur de la pratique socio-visuelle, à partir d’une étude réalisée dans des entreprises en Éthiopie. Il analyse le jeu, au sens ludique et théâtral, autour de la prise de vue comme une manière d’éclairer le rapport au travail, complémentaire des outils traditionnels de l’enquête ethnographique. Repensant le concept de Pierre Bourdieu de l’aire du photographiable, l’article examine comment ce que nous proposons d’appeler le montrable permet de saisir l’articulation des rapports sociaux au travail.Le récit de l’usage de la photographie dans la recherche ethnographique expose dans une première partie comment la photographie est passée d’un rôle illustratif ou informatif, à un outil d’observation à part entière. L’enquête a notamment porté sur l’analyse des interactions lors de la prise de vue et de la manière de montrer son travail. Dans une seconde partie, l’article propose une analyse de la manière dont les rapports de genre, de race et de classe pèsent dans l’interaction. Leur étude est un préalable nécessaire à l’interprétation, notamment lorsque l’enquête fait se rencontrer une sociologue photographe blanche avec des travailleur·se·s éthiopien·ne·s. L’article souligne comment les hommes éthiopiens tendent à se mettre en scène devant la caméra. Si être une femme photographe facilite la prise de vue des travailleuses éthiopiennes, l’article souligne toute la difficulté à ne pas rejouer des rapports de domination en invisibilisant le travail de celles qui adoptent des attitudes souvent retenues devant l’objectif. Nous montrons également que ces rapports doivent être replacés dans l’expérience biographique des acteurs et actrices, l’interaction photographique venant rejouer des situations de domination antérieures, y compris lors d’autres interactions photographiques, vécues différemment selon les enquêté·e·s.La troisième partie est l’occasion d’observer la façon de se mettre en scène ou de mettre en scène son travail comme source de connaissance sur l’entreprise. Le cadre organisationnel amène en effet à rejouer ou à déjouer les rapports sociaux impliqués dans l’interaction photographique. Trois exemples sont donnés, chacun permettant notamment d’analyser les interactions photographiques à l’aune des projets d’entreprise et de leur inscription dans la mondialisation. Le premier, une usine textile turque vendant sur les marchés mondiaux, décrit un processus d’invisibilisation du travail au profit d’une valorisation de la modernité. Le second, une entreprise artisanale de produits haut de gamme, montre au contraire la mise en valeur de savoir-faire artisanaux au centre du projet de l’entreprise. Le troisième exemple, une petite entreprise sociale promouvant l’emploi de femmes sourdes-muettes, donne à voir comment le collectif de travail est mis au centre du montrable.Pour étudier les entreprises où se rencontrent différentes échelles (marchés et normes internationaux, visiteur·se·s étranger·e·s, ancrages locaux, etc.), la photographie offre donc une unité de temps, restreint mais dense, d’interrelations qui sont complexes à saisir autrement. Elle rend visible la porosité des frontières, éclaire comment les rapports sociaux qui dépassent l’organisation sont réagencés, comment l’organisation agit sur le travail et révèle le parcours de ceux et celles qui en dépendent. |
|---|