Le pouvoir des chiffres : les pratiques comptables de l’autorité mahdiste au Soudan-Est (1883-1891)
Cet article examine les activités de l’administration mahdiste au Soudan-Est et plus particulièrement la production de documents comptables par le Trésor (bayt al-māl) de Tūkar. Il s’inscrit dans une tentative de rééquilibrage d’une historiographie du mouvement mahdiste au Soudan nilotique (1881-189...
Sparad:
| I publikationen: | URI:https://journals.openedition.org/sources, |
|---|---|
| Huvudupphovsman: | |
| Materialtyp: | Article ou chapitre numérique |
| Språk: | Français |
| Publicerad: |
Sources
2024
|
| Ämnen: | |
| Länkar: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Sammanfattning: | Cet article examine les activités de l’administration mahdiste au Soudan-Est et plus particulièrement la production de documents comptables par le Trésor (bayt al-māl) de Tūkar. Il s’inscrit dans une tentative de rééquilibrage d’une historiographie du mouvement mahdiste au Soudan nilotique (1881-1899) qui a privilégié les sources émanant du pouvoir central au détriment de celles des autorités provinciales.Le corpus documentaire présenté dans cet article fut saisi en février 1891 à l’issue d’une expédition égypto-britannique. Il s’agit d’un ensemble exceptionnel car cohérent. En effet, le gouverneur (ʿamil) du Soudan-Est, ʿUthmān Diqna, fut pris de court par cette opération et n’eut le temps ni de déplacer ces documents, ni de les détruire, comme cela put être en partie le cas à Omdurman en septembre 1898. Nous disposons ainsi d’un « instantané » de la production d’une administration provinciale mahdiste entre 1889 et 1891.Dans une première partie, cet article s’attache à retracer les étapes de la fondation de l’administration provinciale au Soudan-Est. Il met en lumière la formation relativement tardive d’une administration structurée et le déplacement de cette dernière, en lien avec les priorités stratégiques du Khalīfa ʿAbdullāhi, de Kassala à Tūkar à la fin de l’année 1888. La seconde partie revient sur la structure de la comptabilité mise en place par les administrateurs du Trésor de Tūkar afin d’articuler le document présenté, les comptes quotidiens en espèces du mois de dhū al-qaʿda 1307 (juin-juillet 1890), avec les autres champs comptables. La technique scripturale employée met en évidence l’influence forte des pratiques administratives égyptiennes, mais également le caractère hybride de cette comptabilité, marquée à la fois par une modernité inachevée et la revendication d’une tradition islamique. Ceci permet, dans une troisième partie, d’aborder ce document selon une perspective quantitative et de restituer les dynamiques qui régissaient les revenus et les dépenses du Trésor de Tūkar. Celles-ci reflètent plus largement les conditions socio-économiques qui prévalaient dans cette province au début des années 1890. La dernière partie est consacrée à l’analyse de l’opération administrative elle-même. Elle vise à montrer que l’effort important accordé à l’enregistrement comptable ne peut se comprendre que si l’on considère ce dernier comme un acte de pouvoir et l’affirmation d’une autorité légitime. |
|---|