Femmes à pouvoirs, femmes de pouvoirs
L’invariant culturel consistant à percevoir les femmes comme des êtres liminaires entre Nature et Culture leur a fréquemment valu de se voir assigner des rôles sociaux et symboliques d’intermédiaires ou de médiatrices entre les mondes, notamment entre la vie et la mort (Ortner, 1974), un phénomène d...
Tallennettuna:
| Julkaisussa: | URI:https://journals.openedition.org/socrep, |
|---|---|
| Päätekijä: | |
| Aineistotyyppi: | Article ou chapitre numérique |
| Kieli: | Français |
| Julkaistu: |
Sociétés & représentations
2026
|
| Aiheet: | |
| Linkit: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Yhteenveto: | L’invariant culturel consistant à percevoir les femmes comme des êtres liminaires entre Nature et Culture leur a fréquemment valu de se voir assigner des rôles sociaux et symboliques d’intermédiaires ou de médiatrices entre les mondes, notamment entre la vie et la mort (Ortner, 1974), un phénomène dont la figure de la sorcière constitue une émanation paradigmatique. S’appuyant sur ce cadre théorique, le présent article analyse deux récits de fiction centrés sur des femmes dotées de pouvoirs magiques ou accusées de l’être : La huitième fille de Terry Pratchett (2014) et Les graciées de Kiran Millwood Hargrave (2020). Alors que tout semble de prime abord opposer ces deux récits – l’un relevant de la fantasy satirique, l’autre s’inscrivant dans une démarche de reconstitution historique –, ils se rejoignent quant aux caractéristiques attribuées aux sorcières et à la place subalterne qu’elles occupent, ou du moins doivent occuper, dans l’ordre cosmique et social. La première partie de l’article met en évidence la centralité de l’opposition Nature/Culture et de ses déclinaisons dans la construction de ces personnages, notamment à travers leurs relations à leur environnement et à leurs antagonistes respectifs. Or, cette bipartition hiérarchisée du monde étant genrée, elle participe de l’interchangeabilité entre « sorcières » et « femmes » et de l’infériorisation de ces dernières dans leur ensemble, y compris dans les cas qui semblent de prime abord faire exception. La seconde partie montre en effet que tant les sorcières dont les pouvoirs rivalisent avec ceux des mages dans La huitième fille que les hommes accusés de sorcellerie dans Les graciées constituent des exceptions qui ne font, en fin de compte, que confirmer les règles du jeu patriarcal. Au terme de l’analyse, il apparaît que ce sont les mêmes ressorts sociologiques et discursifs qui ont valu – et valent encore, dans certaines régions du monde —, à des femmes d’être accusées d’avoir des « pouvoirs » qu’elles ne peuvent posséder dans le monde réel, tout en se voyant dénigrer, voire nier, ceux dont elles sont pourtant dotées dans les univers de fiction où la magie existe bel et bien. |
|---|