V13 : la fabrique d’un procès

Qualifié d’« historique » avant même son ouverture, le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’est ouvert en 2021 sur une ligne de tension : établir les responsabilités pénales de vingt accusés tout en mettant en scène les vertus de l’État de droit dans sa confrontation au terrorisme. Cette doubl...

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Shranjeno v:
Bibliografske podrobnosti
izdano v:URI:https://journals.openedition.org/socrep,
Auteurs principaux: Lindeperg, Sylvie, Sansico, Virginie
Format: Article ou chapitre numérique
Jezik:Français
Izdano: Sociétés & représentations 2026
Teme:
Online dostop:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Izvleček:Qualifié d’« historique » avant même son ouverture, le procès des attentats du 13 novembre 2015 s’est ouvert en 2021 sur une ligne de tension : établir les responsabilités pénales de vingt accusés tout en mettant en scène les vertus de l’État de droit dans sa confrontation au terrorisme. Cette double fonction a profondément structuré l’événement judiciaire. La construction d’un prétoire monumental et la scénographie sophistiquée ont transformé le procès en vitrine politique et mémorielle sous le contrôle étroit de la Chancellerie. Le filmage « pour l’histoire », présenté comme « neutre », a révélé en réalité des choix institutionnels : l’archive constituée reflète moins la réalité des débats que l’image que l’institution a souhaité leur donner. Ce procès a été l’occasion d’une expérience troublante pour les auteures, toutes deux historiennes, qui en ont suivi les audiences. Immergées dans l’événement « en train de se faire », elles ont observé simultanément le procès, sa mise en récit et la fabrication de ses archives. Cette position inédite a bousculé les pratiques et révélé des divergences profondes entre le récit judiciaire, contraint par la qualification pénale, et le récit historique, qui accepte la complexité et les zones grises. L’absence d’appel a conforté le récit consensuel d’un procès exemplaire, court-circuitant le temps long de l’analyse critique et créant des écarts significatifs entre l’expérience vécue dans le prétoire et sa représentation publique. Le procès V13 pose ainsi une question fondamentale : que devient la justice quand elle est simultanément tribunal, scène publique et lieu de fabrique de l’histoire ?