« Translata proficit » : John Florio, sa réécriture des Essais et l’influence de la langue de Montaigne-Florio sur Shakespeare

Nous verrons comment la forme de l’essai connut en fait une popularité plus importante en Angleterre qu’en France au xviie siècle. Citons par exemple Francis Bacon qui publie ses premiers Essais en 1597, seulement cinq ans après la mort de Montaigne. Cette première édition ne comporte certes que dix...

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Bibliographic Details
In:URI:https://journals.openedition.org/shakespeare,
Main Author: Desan, Philippe
Format: Article ou chapitre numérique
Language:Français
Published: Actes des congrès de la Société française Shakespeare 2007
Online Access:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Summary:Nous verrons comment la forme de l’essai connut en fait une popularité plus importante en Angleterre qu’en France au xviie siècle. Citons par exemple Francis Bacon qui publie ses premiers Essais en 1597, seulement cinq ans après la mort de Montaigne. Cette première édition ne comporte certes que dix essais mais sera augmentée à 38 en 1612 et 58 en 1625. De même, William Cornwallis publie ses Essais en 1600 et 1617. Il faut aussi noter que la première partie des Essayes of Lord Cornwallis fut inscrite au Stationer’s Register le même jour que la traduction de Florio et fut publiée la même année en 1603. Florio nous dit lui-même que « sept ou huit grands esprits » avaient avant lui tenté de traduire Montaigne en anglais. Si ce chiffre semble peut-être exagéré, il faut néanmoins remarquer qu’une autre entrée datée de 1595 dans le Stationer’s Register mentionne un certain « Edward Aggas entered for his copie under the handes of Wardener: The Essais of Michael Lord Mountene ». Corwallis nous apprend également que « divers of his [Montaigne] pieces in English were going from hand to hand in manuscript ». Corwallis semble donc avoir lu Montaigne en manuscrit bien avant la publication de John Florio en 1603. La traduction de Florio, l’auteur de The World of Words (1598), est d’après nous responsable pour ce succès des Essais en Angleterre. C’est en effet la langue de Montaigne qui attire Florio et les Essais deviennent un excellent moyen de mettre en pratique les mots qu’il présente ou même invente dans son dictionnaire. Shakespeare fut probablement attiré vers Montaigne grâce à cette langue fleurie proposée par Florio. Nous explorerons cette hypothèse d’une première réception linguistique plutôt que philosophique et sa probable influence durant la première moitié du xviie siècle.