Le rideau déchiré

La guerre froide n'est pas qu'un bras de fer entre deux puissances politiques qui mesurent leurs capacités militaire, nucléaire, technologique et scientifique. S'y joue également une lutte pour gagner un pouvoir d’influence culturel beaucoup plus large et profond. Les deux blocs préte...

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Julkaisussa:URI:https://journals.openedition.org/sextant,
Muut tekijät: Chaperon, Sylvie
Aineistotyyppi: Article ou chapitre numérique
Kieli:Français
Julkaistu: Sextant 2021
Linkit:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
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Yhteenveto:La guerre froide n'est pas qu'un bras de fer entre deux puissances politiques qui mesurent leurs capacités militaire, nucléaire, technologique et scientifique. S'y joue également une lutte pour gagner un pouvoir d’influence culturel beaucoup plus large et profond. Les deux blocs prétendent, notamment, défendre et incarner les normes de genre et de sexualité les plus justes et les plus en phase avec le « vrai » bonheur et l'harmonie amoureuse, ferments indispensables d'une société en bonne santé. Pour ce faire, ils puisent tous les deux dans les savoirs de la sexologie, alors en plein bouleversement. L'époque est en effet marquée par le développement de machines dont on attend qu’elles mesurent les performances sexuelles. Les progrès de l’imagerie médicale laissent croire en un avenir où tous les aspects du corps humain seront visibles et, donc, soignables (voir la photo de couverture : le psychiatre W. Reich à la recherche d’une force vitale universelle). Les études ici rassemblées montrent que, dans le domaine de la sexologie, le rideau qui sépare l’est et l’ouest était pour le moins déchiré, pour reprendre le titre d’un film d’Alfred Hitchcock qui traite d’espionnage scientifique. Les scientifiques, justement, et leurs théories sur la sexualité circulent d’autant mieux que l’un comme l’autre bloc partagent des valeurs communes de valorisation de la famille traditionnelle et de hantise de l’homosexualité. Des deux côtés, les sexologues, alors en voie de professionnalisation, tentent d’élaborer une expertise congruente avec le supposé savoir scientifique, le vécu raconté par leurs patient·es, les directives du régime dont ils dépendent et une société progressivement conquise par le discours de la « révolution sexuelle ». Entre conservation et subversion, ils soufflent ainsi le chaud et le froid sur les représentations de la sexualité. The Cold War was not just a tug-of-war between two political powers measuring their military, nuclear, technological, and scientific capabilities. It was also a struggle to gain a much broader and deeper cultural influence. In particular, both blocs claimed to defend and embody the standards of gender and sexuality that are fairest and most in tune with ‘true’ happiness and harmony in love, the indispensable ingredients of a healthy society. To this end, they both drew on the knowledge of sexology, which was undergoing a radical transformation at the time. The era was marked by the development of machines that were expected to measure sexual performance. Advances in medical imaging led us to believe in a future where every aspect of the human body would be visible and, therefore, treatable (see cover photo: psychiatrist W. Reich in search of a universal life force). The studies collected in this issue indicate that, within the field of sexology, the curtain separating East and West was, at the very least, torn, to borrow the title of an Alfred Hitchcock film about scientific espionage. In fact, scientists and their theories on sexuality circulated all the more fluidly as both sides shared common values of appreciation for the traditional family and fear of homosexuality. On both sides, sexologists, then in the process of being professionalized, tried to develop an expertise that was congruent with supposed scientific knowledge, the experiences of their patients, the directives of the regime on which they depended, and a society gradually conquered by the discourse of the ‘sexual revolution.’ Between conservation and subversion, they blew hot and cold on representations of sexuality.