L’anthropocentrisme au défi de l’antispécisme

Les débats sur l’anthropocène et ses déclinaisons (androcène, capitalocène, colonialocène, plantaniocène, sécularocène) interrogent le postulat de la supériorité de l’espèce humaine comme fondement moral et politique. Après avoir étendu la communauté politique aux groupes humains animalisés - notamm...

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In:URI:https://journals.openedition.org/rsa,
Main Author: Sénac, Réjane
Format: Article ou chapitre numérique
Language:Français
Published: Recherches sociologiques et anthropologiques 2025
Subjects:
Online Access:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Description
Summary:Les débats sur l’anthropocène et ses déclinaisons (androcène, capitalocène, colonialocène, plantaniocène, sécularocène) interrogent le postulat de la supériorité de l’espèce humaine comme fondement moral et politique. Après avoir étendu la communauté politique aux groupes humains animalisés - notamment les femmes et les personnes racisées, la question se pose de l’extension du continuum politique et juridique aux animaux non humains et au vivant. C’est dans cette perspective que Sue Donaldson et Will Kymlicka invitent à penser et à réaliser le dépassement des catégories de la domination conjointement pour les individus assignés à des groupes humains associés à la presque-humanité, et pour les individus animaux non humains, définis comme sous-humains. Après la reconnaissance des liens d’interdépendance des êtres situés dans un même espace écologique et de l’agentivité animale, entendue comme leur réappropriation d’une forme d’autonomie, dans les relations avec les humains, l’horizon dessiné est celui d’une zoopolitique positive au sens d’émancipatrice. Dit autre­ment : ce qui est en jeu, c’est la politisation de la question animale au sens où il s’agit de l’appréhender non plus seulement à travers une approche morale, mais aussi en reconnaissant les animaux non humains comme des acteurs de la com­munauté politique et juridique. Nous aborderons cette politisation en examinant la manière dont l’antispécisme participe du débat, jusqu’à présent marginal, sur les liens entre l’émancipation et l’anthropocentrisme. Après avoir brossé les enjeux soulevés par l’application du principe d’égalité au non-humain, nous analyserons en quoi l’antispécisme met à l’épreuve à la fois l’attachement à la conservation de l’ordre social et politique, et le rapport à l’émancipation. Nous aborderons ce dernier point à travers l’analyse de notre enquête qualitative sur les mobilisations contemporaines contre les injustices.