Mort et renaissance de Blaise Cendrars1915-1917
Pourquoi Blaise Cendrars, poète suisse, s’est-il engagé volontaire dans l’armée française en août 1914 ? Il aurait pu considérer que cette guerre franco-allemande n’était pas la sienne mais, installé à Paris depuis 1912 où il fréquente les poètes de l’Esprit nouveau, il avait rompu spirituellement a...
Сохранить в:
| Опубликовано в: : | URI:https://journals.openedition.org/rief, |
|---|---|
| Главный автор: | |
| Формат: | Article ou chapitre numérique |
| Язык: | Français |
| Опубликовано: |
Revue italienne d’études françaises
2015
|
| Предметы: | |
| Online-ссылка: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Итог: | Pourquoi Blaise Cendrars, poète suisse, s’est-il engagé volontaire dans l’armée française en août 1914 ? Il aurait pu considérer que cette guerre franco-allemande n’était pas la sienne mais, installé à Paris depuis 1912 où il fréquente les poètes de l’Esprit nouveau, il avait rompu spirituellement avec son pays d’origine et considérait la France comme sa seconde patrie. Dès la déclaration de guerre, il rédige avec Ricciotto Canudo un Appel invitant les artistes et les écrivains étrangers à s’engager comme eux dans l’armée française. Au bout d’un an, le 28 septembre 1915, il est grièvement blessé au combat, en Champagne, et se voit amputer de son bras droit.Par la suite, il reviendra souvent sur la Grande Guerre et sur les raisons de son engagement. Le patriotisme d’adoption s’efface vite de ses déclarations devant la haine des « Boches » ou, plus radicalement, devant le désir d’aller jusqu’au bout de la violence qui le tourmentait depuis sa jeunesse et que les polémiques littéraires ne parvenaient plus à sublimer. Après sa blessure, il comprend que sa violence s’est retournée contre lui-même et que sa main a été coupée parce qu’elle était coupable. C’est de sa mutilation et de la prise de conscience accusatrice qu’elle a provoquée qu’on peut dater la première mort de Blaise Cendrars, la mort de l’homme de la main droite. A suivi pendant deux ans une période de dérive où il songea au suicide.Au cours de l’été 1917, le 1er septembre, la nuit de ses trente ans, il écrit La Fin du monde filmée par l’Ange N.-D., un récit en forme de scénario où la fin du monde se renverse contre toute attente en une nouvelle genèse. À plusieurs reprises, Cendrars a décrit cette nuit initiatique comme une Nativité au cours de laquelle son identité nouvelle d’homme et de poète de la main gauche lui a été révélée. On peut donc soutenir que Cendrars est mort à la guerre le 28 septembre 1915 et que la guerre, en le mutilant, l’a fait renaître le 1er septembre 1917. |
|---|