Puppenspiel et lanterne magique : un souvenir d’enfance

Une vocation d’écrivain naît d’un ensemble de circonstances – disons d’un « dispositif » – qui paraîtra fréquemment modeste et improbable, comme le suggère la confrontation entre deux textes classiques sur l’enfance, le Wilhelm Meister de Goethe et les pages de Proust sur les soirées de Combray : d’...

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Dades bibliogràfiques
Publicat a:URI:https://journals.openedition.org/rgi,
Autor principal: Lacoste, Jean
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Revue germanique internationale 2024
Matèries:
Accés en línia:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Descripció
Sumari:Une vocation d’écrivain naît d’un ensemble de circonstances – disons d’un « dispositif » – qui paraîtra fréquemment modeste et improbable, comme le suggère la confrontation entre deux textes classiques sur l’enfance, le Wilhelm Meister de Goethe et les pages de Proust sur les soirées de Combray : d’un côté il s’agit d’un fragile théâtre de marionnettes confectionné pour Noël, de l’autre d’une simple lanterne magique. Dans les deux cas, ce petit spectacle, qui n’a pour seule ambition que d’amuser ou de consoler l’enfant, devient une expérience fondatrice qui détermine l’orientation de toute une vie, fera naître une impérieuse « vocation théâtrale » ou une lente ambition de romancier. Dans les deux cas, tout un imaginaire historique et mythologique s’offre à l’enfant, avec le tragique destin de Geneviève de Brabant poursuivie par Golo, ou la victoire héroïque de David sur Goliath : il peut dans les deux cas s’identifier à un jeune héros. Ce dispositif est en même temps marqué par une tonalité mélancolique, avec le décès de la grand-mère qui a créé ces personnages et ce décor, ultime cadeau de sa part, ou l’absence de la mère et l’indifférence du père. Mais les ressemblances entre les deux expériences ne peuvent faire oublier une divergence significative qui caractérise le destin des deux écrivains et la nature même de l’œuvre à venir : la princesse médiévale de la lanterne magique – identifiée dès lors à la duchesse de Guermantes – conduira le jeune Proust à explorer un univers aristocratique initialement perçu comme inaccessible, tandis que le jeune Goethe reprend avec le thème de Faust un univers populaire, une atmosphère de foire, qui dissimule derrière la farce une inquiétude métaphysique.