Protester contre le numérique, refuser les compteurs communicants. Répertoires d’action en ligne et hors ligne du mouvement « Stop Linky » (2010-2025)

Entre 2010 et 2025, la dénonciation locale du déploiement progressif des compteurs communicants Linky transforme un équipement domestique a priori banal en objet de controverse publique dans une poignée de territoires. À la croisée des infrastructure studies, des travaux sur la gouvernementalité alg...

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書誌詳細
出版年:URI:https://journals.openedition.org/reset,
第一著者: Danieli, Aude
フォーマット: Article ou chapitre numérique
出版事項: RESET 2026
主題:
オンライン・アクセス:Accès Université d'Orléans et IFPM
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要約:Entre 2010 et 2025, la dénonciation locale du déploiement progressif des compteurs communicants Linky transforme un équipement domestique a priori banal en objet de controverse publique dans une poignée de territoires. À la croisée des infrastructure studies, des travaux sur la gouvernementalité algorithmique et de la sociologie pragmatiste des problèmes publics, cet article montre la manière dont une micro-infrastructure devient support d’enjeux de justice énergétique, de gouvernement des données et de souveraineté locale. Fondée sur des méthodes mixtes (entretiens, observations de conseils municipaux, corpus web) et menée dans cinq espaces géographiques (Île-de-France, Centre-Val de Loire, Grand Lyon, Occitanie, Gironde), l’analyse met en évidence l’articulation entre mobilisations locales et numériques au sein d’arènes locales, numériques et juridiques. Quatre registres argumentatifs structurent la protestation : (1) agrégation de ressources documentaires ; (2) indignation médiatisée autour de la santé, du pouvoir d’achat et des données personnelles ; (3) standardisation des outils de plaidoyer et alliances transpartisanes ; (4) judiciarisation, jusqu’à l’obtention d’un droit de retrait encadré. L’article montre comment ces registres circulent entre actions sur le web (#StopLinky, cartographies interactives, webinaires) et dans les territoires (porte-à-porte, motions, création de collectifs, surveillance des installateurs), révélant la professionnalisation progressive d’« entrepreneurs de cause », et la redéfinition des rôles locaux (mairies, syndicats d’énergie, collectifs citoyens) face à une infrastructure conçue par l’État. Ce processus s’accompagne d’une individualisation croissante des recours et d’un déplacement du conflit vers l’arène procédurale, avec l’intervention de tiers juridiques dans les contestations. Enfin, l’étude met en évidence que les pratiques numériques amplifient, plutôt qu’elles ne remplacent, les mobilisations de voisinage, invitant à repenser la politisation du numérique à partir de l’inscription matérielle et territoriale des infrastructures.