La réforme de l’Etat social en Allemagne

« L’unité sociale » a été un enjeu politique essentiel de l’unification allemande, tout d’abord au plan des principes, puisqu’elle constituait un volet à part entière du « Traité sur l’Union monétaire, économique et sociale » entré en vigueur au 1er juillet 1990 et qu’elle devait assurer, après quar...

Full beskrivning

Sparad:
Bibliografiska uppgifter
I publikationen:URI:https://journals.openedition.org/rea,
Huvudupphovsman: Lasserre, René
Materialtyp: Article ou chapitre numérique
Språk:Français
Publicerad: Regards sur l’économie allemande 2011
Ämnen:
Länkar:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beskrivning
Sammanfattning:« L’unité sociale » a été un enjeu politique essentiel de l’unification allemande, tout d’abord au plan des principes, puisqu’elle constituait un volet à part entière du « Traité sur l’Union monétaire, économique et sociale » entré en vigueur au 1er juillet 1990 et qu’elle devait assurer, après quarante ans de division entre deux systèmes économiques et sociaux profondément différents, l’intégration sociale à parité de droits et de garanties des citoyens de l’ancienne RDA au sein de l’Allemagne réunifiée. Au plan des conditions, ensuite, car l’unité sociale s’est révélée, dans les faits, un défi économique et social majeur, à la fois par le coût économique et financier très élevé de l’effort de solidarité exceptionnel qu’elle a impliqué et par les inégalités de conditions et de chances qu’elle a laissé subsister. A bien des égards, son bilan apparaît, vingt ans après, non seulement mitigé, mais historiquement paradoxal : alors qu’elle était sensée réunir enfin, après cinquante ans d’épreuves, le peuple allemand divisé sous le même toit de l’Etat social protecteur initié un siècle plus tôt par Bismarck, l’unité sociale a en quelque sorte précipité la crise de l’Etat-Providence en portant les contraintes de ce dernier à leur paroxysme.Dans sa prodigalité solidaire, la politique sociale d’unification se situe dans le prolongement de cette utopie de patriotisme social imaginée par Bismarck au temps de la fondation de l’Etat national et qui dota l’Allemagne du système social le plus avancé d’Europe, avant que celui-ci ne soit détruit par les guerres, puis refondé dans les années 1950 en République fédérale autour de l’économie sociale de marché et incarné par l’Etat-Providence généreux des années 1970. Mais à peine ce dernier nourrit-il la croyance à un progrès social indéfini, fondée sur l’idée d’une croissance économique ininterrompue, qu’il se trouve ébranlé sous l’effet des chocs pétroliers, de l’internationalisation des marchés et du vieillissement démographique. Tandis qu’en Grande-Bretagne, son autre patrie d’adoption, l’Etat-Providence se voit alors assez largement démantelé, le Sozialstaat allemand commence à subir ses premiers ajustements. L’unification vient cependant arrêter les pendules en remettant la « symétrie sociale » à l’ordre du jour pour plus d’une décennie, au terme de laquelle sonnera finalement l’heure de vérité. Celle de l’incapacité d’une économie comptant pourtant parmi les plus prospères du monde à assurer durablement, par un système de solidarité fondé pour l’essentiel sur l’activité productive, un niveau de progrès social dépassant ses marges de productivité et ses capacités de développement. Pour avoir cédé à cet irréalisme domestique, alors même que son économie était soumise à un processus de globalisation et de concurrence mondiale accéléré, l’Allemagne a vu ses performances économiques reculer et a dû relever le défi politique d’une réforme de son système de protection sociale pour restaurer sa compétitivité. Car c’est bien de réforme au plein sens du terme qu’il s’agit : loin d’avoir choisi son démantèlement ou d’en accepter le détricotage au gré des nécessités du marché, l’Allemagne a choisi, à travers l’adoption et la mise en œuvre de l’Agenda 2010, de reconfigurer son Etat social en en révisant les principes directeurs et en en redéfinissant les garanties.