Histoires de fantômes : insoutenables légèretés et ombres portées de l’enfant dans le roman britannique contemporain

Chercher l’enfant dans le roman britannique contemporain, c’est souvent s’exposer au paradoxe de son omniprésence dans les discours, conjuguée à une forme d’absence physique. Dans The Child in Time, de McEwan, il disparaît avant même la diégèse pour apparaître chez Lessing ou Martin Amis sous la for...

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Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/polysemes,
1. Verfasser: François, Camille
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Polysèmes 2015
Schlagworte:
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:Chercher l’enfant dans le roman britannique contemporain, c’est souvent s’exposer au paradoxe de son omniprésence dans les discours, conjuguée à une forme d’absence physique. Dans The Child in Time, de McEwan, il disparaît avant même la diégèse pour apparaître chez Lessing ou Martin Amis sous la forme creuse du changeling. Dans When We Were Orphans, Ishiguro dessine un enfant voilé par les complaisances fallacieuses du souvenir, tandis que chez Byatt (The Children’s Book) les protagonistes se voient imposer par leur mère-écrivain un double fictionnel qui les déréalise. C’est cette singulière présence-absence, cette très légère façon qu’a l’enfant de se poser en littérature, qui semble avoir fasciné les romanciers contemporains, en ce que, objet littéraire non verbal (infans), et toujours l’autre de l’adulte qui l’écrit, il est d’abord un défi à la transparence mimétique, contraignant ceux qui l’écrivent à exhiber leurs filtres, souvent à travers une thématique assumée du faux, du leurre. La seconde transparence de l’enfant n’est pas strictement poïétique mais tient à sa représentation : défini par le déjà-là littéraire comme un idéal par l’absence (innocent, infans…), il attire l’investissement aliénant de toutes les valeurs jusqu’à devenir un signe blanc, une opacité herméneutique que certains romanciers cherchent aujourd’hui à conjurer en salissant l’enfant, mon(s)trant son corps pour mieux lui rendre l’ombre portée qui lui manquait. Une autre manière de travailler cet héritage spectral étant de laisser voir, en transparence, l’épaisseur feuilletée de palimpseste de l’enfant : plutôt qu’un corps, d’aucuns choisissent d’exhiber sans la résoudre la cacophonie des discours et symboles par des références explicites ou non aux hypotextes et métarécits de l’enfance, faisant du vide brouillé un jeu de lumières.