Du Quatuor d’Alexandrie au Quintette d’Avignon de Lawrence Durrell : le cheminement erratique du « lecteur-cartographe »

D’Alexandrie à Avignon, Lawrence Durrell invite son lecteur à arpenter au sens figuré et au sens premier de “prendre la mesure” un espace géographique qui se transmue progressivement en espace littéraire. Bien qu’aucune carte ne figure dans les romans de Durrell, le Quatuor d’Alexandrie use de renvo...

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Pubblicato in:URI:https://journals.openedition.org/polysemes,
Autore principale: Keller-Privat, Isabelle
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: Polysèmes 2016
Soggetti:
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:D’Alexandrie à Avignon, Lawrence Durrell invite son lecteur à arpenter au sens figuré et au sens premier de “prendre la mesure” un espace géographique qui se transmue progressivement en espace littéraire. Bien qu’aucune carte ne figure dans les romans de Durrell, le Quatuor d’Alexandrie use de renvois précis à des cartes authentiques, telle celle de Forster qui semble a priori destinée à renforcer “l’effet de réel”. Or, la carte aux sources de la fiction oriente subrepticement le regard vers les dessous de la carte, c’est-à-dire vers l’Alexandrie grouillante qui échappe au plan. La carte réelle devient ainsi le prétexte à une extension rhizomatique de l’espace qui se fait progressivement géographie imaginaire. La cartographie, point de départ du rêve, acquiert alors une toute autre réalité, textuelle cette fois. La ville fonctionne donc à la fois comme donnée géographique et comme construction mentale : c’est cet espace qu’habitent les habitants et qui les habite. La carte anthropomorphique plonge alors le lecteur dans une traversée labyrinthique : les coordonnées se croisent et se recoupent, les lignes égarent au lieu de guider. Il n’est alors guère étonnant que l’Alexandrie qui réapparaît dans le Quintette s’écrive sur le mode de la disparition : en effet, si la carte nous y est décrite ce n’est plus cette fois pour nous montrer la ville qui s’y dessine mais son effacement progressif. Dès lors, le Quintette d’Avignon n’aura de cesse de nous faire errer entre les différents modes de (dés)écriture de la carte. Ce désir mortifère d’emprisonner l’espace et par lequel Durrell espère maîtriser le temps se trouve déjoué par une carte rhizomatique, qui sans cesse fuit, se dédouble, empêche toute territorialisation de l’espace fictif. La cartographie durrellienne est alors celle destinée au seul lecteur qui saura reconnaître la nature fondamentalement ambivalente de l’inscription de l’espace littéraire.