Failles et ruptures dans The Haunting of Hill House de Shirley Jackson (1959) et Mike Flanagan (2018) : le cri et l’irreprésentable

Si l’adaptation audio-visuelle par Mike Flanagan du roman de Shirley Jackson The Haunting of Hill House, paru en 1959, peut surprendre par la manière dont elle dévie de la trame narrative originelle, Flanagan, par sa maîtrise des possibilités de l’image et du son, traduit parfaitement l’horreur qui...

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Julkaisussa:URI:https://journals.openedition.org/polysemes,
Päätekijä: Cregut, Céline
Aineistotyyppi: Article ou chapitre numérique
Kieli:Français
Julkaistu: Polysèmes 2024
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Linkit:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Yhteenveto:Si l’adaptation audio-visuelle par Mike Flanagan du roman de Shirley Jackson The Haunting of Hill House, paru en 1959, peut surprendre par la manière dont elle dévie de la trame narrative originelle, Flanagan, par sa maîtrise des possibilités de l’image et du son, traduit parfaitement l’horreur qui est au cœur du roman. Les représentations du surnaturel, qui sont à la fois subtiles et très violentes dans The Haunting of Hill House, sont au cœur de la série que Flanagan a réalisée pour Netflix. Les questions centrales du roman, dont le surnaturel se fait la manifestation, y sont ainsi magnifiées au point où la narration semble parfois fendue, déchirée par la violence de l’image et du son. Ces failles (volontaires) dans la narration déjà fragmentée de la série permettent de révéler, ponctuellement, l’intensité de la détresse intime qui caractérisait déjà Eleanor, personnage principal du roman de Shirley Jackson, et que subit aussi Nell, son incarnation dans la série de Mike Flanagan. Bien loin d’un simple récit de fantômes et de maison hantée, tant le roman que son adaptation révèlent une horreur plus profonde et plus intime, celle d’une personne aliénée par le trauma, tout en exploitant les possibilités esthétiques et narratives du surnaturel. Ainsi, la série de Mike Flanagan offre un questionnement sur la représentation par le texte et l’image d’une détresse subjective et infigurable, et propose une solution (certes éphémère) à ce questionnement par un cri unique : une déchirure sensorielle de la narration qui s’opère par le recours momentané à un cri viscéral, situé au-delà de la logique et le langage. Ce cri poussé non pas par la protagoniste elle-même mais par un témoin de sa souffrance prouve ici la nécessité d’un recours à une représentation oblique de la détresse de Nell, et semble condenser, dans cette déchirure d’une narration alors temporairement suspendue, toute l’ampleur de l’horreur intime que le roman suggérait si subtilement.