De la béance à la suture : l’écriture comme thérapie dans Imaginations de William Carlos Williams

Dans son autobiographie de 1951, Williams se présente comme une personnalité clivée, partagée entre sa vie de poète et celle de médecin. Cette dualité s’initie dans les années 1920, lorsque Williams ouvre son cabinet. À la même époque, l’auteur se détache de l’imagisme d’Ezra Pound et rédige les œuv...

Fuld beskrivelse

Enregistré dans:
Bibliografiske detaljer
Udgivet i:URI:https://journals.openedition.org/polysemes,
Hovedforfatter: Lemeunier, Samantha
Format: Article ou chapitre numérique
Sprog:Français
Udgivet: Polysèmes 2024
Fag:
Online adgang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beskrivelse
Summary:Dans son autobiographie de 1951, Williams se présente comme une personnalité clivée, partagée entre sa vie de poète et celle de médecin. Cette dualité s’initie dans les années 1920, lorsque Williams ouvre son cabinet. À la même époque, l’auteur se détache de l’imagisme d’Ezra Pound et rédige les œuvres recueillies dans Imaginations. Ce recueil ancre l’ars poetica williamsien dans une esthétique de la fracture à la fois thématique, sémiotique et typographique. Iconoclastie, abjection ou trivialité permettent en effet à Williams de rompre avec le modernisme éliotien qu’il qualifie de « conformiste » dans Imaginations tandis que les expérimentations sémiotiques du poète fragmentent l’écriture dans un mouvement inspiré du cubisme et disséminent le sens, comme l’illustrent les words qua words, des syntagmes qui prennent un sens différent lorsqu’ils sont complétés par le vers suivant. Ces disjecta membra poétiques incisent la langue de la même manière que Williams opérait les corps. En effet, la fragmentation du langage rappelle les ablations que l’auteur pratiquait en tant que médecin, notamment les hystérectomies évoquées dans Imaginations. Sous le scalpel du médecin tout comme sous la plume de l’écrivain, corps biologique et corps textuel deviennent ainsi des lieux où entailles, fissures et failles se multiplient tandis que les signes typographiques tels que les doubles espaces, les tirets cadratins et les parenthèses matérialisent ces clivages. Néanmoins, l’incision n’est qu’une étape du processus chirurgical, et il en va de même pour la fragmentation textuelle au regard du processus de création poétique : les nombreuses figures de répétition sous-tendent un va-et-vient prosodique inspiré des sutures pratiquées par le médecin, rapprochant dès lors actes chirurgicaux et poétiques.