La carte postale, multiple documentaire du chef-d’œuvre

De la fin du xixe siècle aux années 1970, à « l’ère de la reproductibilité technique » des œuvres d’art, en Europe comme aux États-Unis, la carte postale de reproduction a constitué une imagerie de masse et une industrie culturelle, en contribuant à produire des « multiples » d’œuvres originales. Ce...

Ausführliche Beschreibung

Gespeichert in:
Bibliographische Detailangaben
Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/perspective,
1. Verfasser: Tillier, Bertrand
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Perspective 2020
Schlagworte:
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:De la fin du xixe siècle aux années 1970, à « l’ère de la reproductibilité technique » des œuvres d’art, en Europe comme aux États-Unis, la carte postale de reproduction a constitué une imagerie de masse et une industrie culturelle, en contribuant à produire des « multiples » d’œuvres originales. Certes, la carte postale s’apparente en bien des points à la photographie dont elle procède. Mais ses vocations et ses usages sont autres, puisqu’il s’agit d’« un imprimé sur un support semi-rigide destiné à un usage postal, pour une correspondance à découvert », selon la définition canonique d’Albert Thinot. En effet, si la carte postale offre une reproduction photographique d’un tableau, d’une sculpture, d’une gravure ou d’un objet décoratif, elle en propose aussi une éditorialisation directe et une ample diffusion, grâce à ses tirages incommensurables qui dépassent toutes les autres formes de multiples. Par l’adjonction de légendes ou de commentaires, dans les marges ou à fond perdu, qui agissent comme les « seuils » définis par Gérard Genette, par la sérialité qui en conditionne l’édition, et par la patrimonialisation qu’elle opère, la carte postale d’œuvre d’art est un multiple documentaire, qui place toujours l’objet de sa reproduction en situation, en le montrant sur les cimaises des musées et des Salons ou sur les murs des ateliers d’artistes, mais en le mettant également en abyme par la spécificité de son support destiné à être délibérément choisi, acquis, adressé, expédié, écrit, conservé, collectionné.