Chapitre 14. Les outils actifs tranchants en roches tenaces
Sont traités, dans cette partie, les éléments en roches tenaces, bruts ou retouchés, dotés d’un dièdre ayant pu servir à découper, trancher ou encore racler toute matière d’œuvre.Dans un premier temps notre analyse tracéologique s’est appuyée sur un référentiel expérimental récent portant sur les qu...
Shranjeno v:
| izdano v: | URI:https://journals.openedition.org/paleo, |
|---|---|
| Auteurs principaux: | , , , , |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Jezik: | Français |
| Izdano: |
Paleo
2025
|
| Online dostop: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Izvleček: | Sont traités, dans cette partie, les éléments en roches tenaces, bruts ou retouchés, dotés d’un dièdre ayant pu servir à découper, trancher ou encore racler toute matière d’œuvre.Dans un premier temps notre analyse tracéologique s’est appuyée sur un référentiel expérimental récent portant sur les quartzites du Sud-Ouest de la France (Claud et al. 2018–2019), aucune donnée de référence n’étant, à notre connaissance, disponible sur la dolérite.Nous avons effectué une sélection des pièces à analyser à l’œil nu ; notre choix s’est porté sur les pièces issues de l’ensemble des secteurs, ne présentant pas d’altérations visibles incompatibles avec une étude tracéologique et disposant d’un potentiel fonctionnel (bord coupant relativement long et régulier, présence d’un dos opposé à un tranchant, par exemple). Au total, 63 pièces ont été échantillonnées pour faire l’objet d’une étude à faible grossissement, à la loupe binoculaire. Elles sont principalement en quartz ou quartzite, dans une moindre mesure en dolérite, et pour l’une d’entre elles seulement en granite. Il s’agit d’éclats bruts ou retouchés et de galets aménagés ou fracturés. Les pièces présentant des macro-traces pouvant être liées à l’utilisation, même incertaines, ont été sélectionnées pour être ensuite analysées au microscope, afin de confirmer, d’infirmer ou de compléter les interprétations fonctionnelles proposées lors de l’examen à la loupe binoculaire.Dans un deuxième temps, nous avons mis en œuvre une démarche expérimentale afin de tester certaines des hypothèses fonctionnelles proposées, tant du point de vue de leur efficacité que des traces d’utilisation produites. Le référentiel expérimental de comparaison ainsi constitué nous a permis de proposer des interprétations plus précises et plus fiables. Des éclats, des fragments de blocs et de galets et des galets aménagés en quartz et en dolérite ont été produits et utilisés. Des blocs de dolérite ont parfois été utilisés comme supports (table, enclume). Plusieurs activités ont été mises en œuvre : la boucherie sur restes de carcasse, la découpe de matière tendre (viande et peau sèche) sur bloc de dolérite, la fracturation d’os en percussion indirecte, le concassage d’os en percussion directe tranchante sur bloc de dolérite, l’entaillage de bois de renne sec et trempé en percussion directe tranchante, le fendage de bois de renne sec et trempé et de bois de cerf sec en percussion indirecte, l’incision et le rainurage de blocs de dolérite et de schiste pour la réalisation de gravures, le raclage et la percussion d’ocre pour produire de la poudre, et le raclage et la percussion de blocs de grès rose pour régulariser un abraseur.Des usures d’origine clairement fonctionnelle ont été détectées sur 14 pièces du Landry. Ces dernières sont en quartz-quartzite, en dolérite et dans une moindre mesure en granite. Il s’agit d’éclats bruts ou retouchés, de galets aménagés ou encore de fragments de blocs, certains clairement recherchés, d’autres vraisemblablement récupérés suite à une fracturation thermique.L’utilisation de ces matériaux lithiques est probablement sous-estimée en raison de l’échantillonnage réalisé, de la difficulté d’identification des traces d’utilisation les plus ténues (par ex. travail en découpe de matière tendre) et d’un manque d’expérience dans l’analyse de ces matières, notamment la dolérite et le granite. Les pièces portant des traces considérées comme « d’origine indéterminée », au nombre de 9, pourraient, au moins en partie, avoir par exemple été utilisées.Les modes de fonctionnement identifiés sont divers, comprenant des actions de découpe, de raclage et de percussion, et les matières travaillées sont en grande majorité dures. Les actions en percussion dominent, et comprennent les modalités directe et indirecte (pièces intermédiaires).Plusieurs activités impliquant la percussion directe peuvent être envisagées : – entretien ou mise en forme des surfaces d’abraseurs pour la préparation du façonnage ; – boucherie (tranchage, désarticulation) sur carcasse et sur table de travail en pierre ; – dégrossissage par entaillage de matières dures animales en vue de la production de tronçons en os ou en bois de cervidé ; – concassage d’os à des fins alimentaires (bouillon gras) ou techniques (colles).Des actions en percussion indirecte ont également été mises en évidence, et correspondent vraisemblablement à un travail de matières dures animales. Elles ont pu être mises en œuvre pour le débitage de bois de cervidé ou de l’os, pour faciliter le fendage, dans un but technique ou, dans le cas des os, alimentaire, étant donné que l’extraction de la moelle a pu motiver la fracturation de ces derniers (Christensen et al. 2018).Une grande partie des outils mis en évidence pourrait être « connectée » avec la présence de blocs de dolérite striés ou impactés sur le site (cf. infra) puisque différents modes de fonctionnement identifiés pourraient impliquer la présence d’une table de travail ou d’une enclume minérale, à la fois pour des actions de percussion directe et de percussion indirecte.Si l’on compare les résultats fonctionnels avec les données obtenues sur l’industrie en silex, des différences marquées dans les modes de fonctionnement représentés sont observées, tout en gardant à l’esprit que nos résultats restent relativement préliminaires. Seuls des outils en silex ont servi à racler la peau, à racler des matières dures animales ou encore à percer.Néanmoins, plusieurs modes de fonctionnement sont communs aux matières non silicifiées et au silex, même si cette dernière matière n’est représentée que par très peu de pièces pour certains modes. Il s’agit de la découpe de matière tendre à mi-dure probablement carnée, de la percussion indirecte sur matière dure organique (nombreuses pièces esquillées en silex) et de la percussion directe contre une matière dure minérale, pouvant correspondre à la mise en forme ou à l’entretien d’abraseurs (une pièce, n° 10 761) et contre une matière dure indéterminée (2 pièces). Les outils en silex utilisés selon les deux derniers registres de fonctionnement sont soit des outils déjà utilisés qui sont recyclés (pièces esquillées utilisées comme pièces intermédiaires) ou bien des supports peu élaborés (éclats corticaux ou semi-corticaux trapus utilisés en percussion directe). Ainsi, l’outillage en matière non silicifiée semble être intervenu de manière complémentaire au silex, notamment aux éléments déjà utilisés ou peu élaborés en silex, à moins que ces catégories d’outils en silex soient venues complémenter l’industrie en roches non silicifiées. Dans tous les cas, même si un biais dans la conservation et la reconnaissance des traces ne peut être totalement écarté, force est de constater que les registres de fonctionnement identifiés sur l’industrie en roches non silicifiées correspondent principalement à ceux produisant des usures très intenses, en lien avec le travail de matière dures, les actions en percussion ou le contact avec des supports minéraux. La résistance de ces matières a peut-être été mise à profit par les Préhistoriques à moins que leurs choix aient été dictés par un souci d’économie des tranchants en silex. |
|---|