Chapitre 7. Le débitage lamellaire
Quel(s) débitage(s) lamellaire(s) ? Un débitage lamellaire sur silex local a été reconnu au Landry sur une cinquantaine de nucléus de petites dimensions. Il est orienté vers une production d’enlèvements lamellaires non standardisés. Excepté pour quelques rares cas, cette production lamellaire est di...
Gorde:
| Argitaratua izan da: | URI:https://journals.openedition.org/paleo, |
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| Egile nagusia: | |
| Formatua: | Article ou chapitre numérique |
| Hizkuntza: | Français |
| Argitaratua: |
Paleo
2025
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| Sarrera elektronikoa: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Gaia: | Quel(s) débitage(s) lamellaire(s) ? Un débitage lamellaire sur silex local a été reconnu au Landry sur une cinquantaine de nucléus de petites dimensions. Il est orienté vers une production d’enlèvements lamellaires non standardisés. Excepté pour quelques rares cas, cette production lamellaire est différenciée du débitage laminaire ; alors qu’elle aurait pu être réalisée sur nucléus laminaires en fin d’exploitation, elle a au contraire été conduite sur des matrices et modules de silex de natures diverses : blocs, éclats, fragments indifférenciés, fragments de nucléus.Les nucléus lamellaires ont été classés en fonction des niveaux de connaissance et de compétence techniques différenciés dont ils témoignent et en fonction de la réussite ou de l’échec de leur exploitation.Seuls onze de ces quarante-neuf nucléus ont été considérés comme bien, ou assez bien construits initialement, et parfois aboutis, selon les critères qualitatifs d’analyse décrits ci-dessus. La première phase d’exploitation et la poursuite du débitage traduisent une bonne maîtrise des connaissances et des compétences techniques. Ils ont été préparés assez soigneusement et parfois débités à partir d’un plan de frappe unique ou à partir de deux plans de frappe opposés ou décalés par séquences successives unipolaires opposées ou croisées.Trente-quatre nucléus lamellaires ont par ailleurs été mal préparés et mal gérés. Ils sont à peine mis en volume avec une simple ouverture de plan de frappe et de rares aménagements de cintre et de carène. Ils ont été exploités très succinctement, par de courtes séquences d’enlèvements lamellaires unipolaires. Ceux-ci sont souvent détachés au percuteur minéral, avec une mauvaise gestion du débitage abandonnée après de multiples erreurs de détachement.La classification qualitative des nucléus lamellaires est toutefois arbitraire puisque certains montrent, dans leur état d’abandon, une régression possible de compétence technique au cours de leur réduction. Ils témoignent d’un début d’exploitation assez bien maîtrisé suivi par un plein débitage plus malhabile jusqu’à leur abandon. Ceci suggère la possibilité d’un changement de main entre au moins deux individus de niveaux d’habileté différents.Quantification des produits lamellairesL’analyse des deux groupes de nucléus montre qu’ils se différencient tant dans les quantités de lamelles réussies que dans celles de lamelles ratées. En effet, les quelques 11 nucléus construits ont livré au moins 34 produits lamellaires réussis et 37 ratés alors que les 34 nucléus peu investis ont généré, selon les derniers négatifs visibles, à peine 13 supports lamellaires réussis et 108 ratés. Il apparaît que ces deux groupes de nucléus se différencient également par leurs poids moyens en fin d’exploitation – les nucléus peu aboutis étant plus massifs – et par les quantités de négatifs d’éclats d’entretien dont ils témoignent.Sachant que le gisement a livré un total de 130 lamelles de plein débitage et 123 lamelles d’entretien ou semi-corticales, il apparaît que la quantité de négatifs lamellaires décomptés sur les nucléus s’élève à 185. Il est ainsi probable qu’un certain nombre de négatifs des premiers détachements lamellaires ne soient plus visibles ou identifiables sur certains des nucléus réduits ; le déplacement de quelques nucléus lamellaires n’est de même pas exclu.Diversité du débitage lamellaire : quelles implications cognitiveset sociétales ? Comment interpréter les observations réalisées sur la variabilité de conduite et de maîtrise du débitage lamellaire en termes de comportements individuels et/ou collectifs ? Quelle signification peut-on ou faut-il donner à cette diversité qualitative et quantitative d’exploitation dont fait preuve la cinquantaine de nucléus lamellaires ? La ou les causes peut /peuvent relever de différents évènements, nécessités, faits et contingences d’ordres techniques, moteurs, fonctionnels, domestiques, individuels et sociétaux.Les quelques nucléus lamellaires exploités de manière assez cohérente et aboutie, parfois encore exploitables et abandonnés sans reprise ultérieure, témoigneraient, comme certains nucléus laminaires ou certaines pièces façonnées de l’industrie, de la présence de tailleurs assez expérimentés dans ce domaine de production lithique. Ces auteurs auraient assuré la production des lamelles nécessaires aux activités domestiques propres au campement. Le débitage unipolaire dont témoignent ces nucléus bien – ou assez bien – gérés relèverait de connaissances et savoir-faire propres au groupe solutréen, néanmoins maitrisés et transmis par seulement quelques individus.Les nucléus gérés de manière plus chaotique, depuis les phases initiales, jusqu’à la production aléatoire de rares supports témoigneraient par ailleurs de l’intervention et/ou d’essai par des sujets ayant la connaissance des principes de débitage lamellaire sans en connaître les règles techniques de conduite précises et sans en avoir encore la maîtrise technique. La question de l’intentionnalité et la signification comportementale ou sociétale de ces séquences de débitage non ou peu abouties reste entière. S’agit-il de « productions » réalisées par de jeunes membres du groupe en phase d’apprentissage direct ou indirect, tentant de reproduire des gestes qu’ils ont pu observer par ailleurs au sein du campement ? Ou bien, sommes-nous en présence de tentatives de production par des sujets peu habiles mais confrontés à un besoin fonctionnel immédiat en supports lamellaires ? La présence de ces nucléus malvenus montrant des stigmates successifs et parfois régressifs en termes de compétences techniques pourrait argumenter cette idée pour le Landry d’une occupation par un groupe humain composé d’individus ne maîtrisant et disposant pas tous des mêmes connaissances et compétences techniques en fonction de leur statut/fonction et/ou de leur âge ; ce dernier cas de figure – la différenciation des connaissances et savoir-faire en relation avec les âges des individus – étant assez plausible, pour un groupe disparate puisque la conduite de tout acte technique nécessite une phase d’apprentissage ou du moins d’essais avant d’en maîtriser toutes les étapes de mise en œuvre.Un autre cas de figure comportemental différent de celui d’un groupe humain hétérogène, selon des critères de statut/rôle/âge, ne peut toutefois être écarté, et doit être évoqué : ce serait celui d’un groupe de sujets adultes possédant des compétences similaires dans le débitage lamellaire. Les différentes modalités observées sur ces nucléus feraient suite à des décisions individuelles, à une flexibilité de leurs réponses techniques. Les exemples les plus marquants, comme ces nucléus avec des traces d’impacts regroupées sur les tables de débitage et des rebroussés de corniche, ne seraient, dans ce cas, pas le fait de maladresses ou de reprises par un autre sujet mais d’une volonté de mettre un terme à une production – et de rendre inexploitable le nucléus après cette interruption ? À notre sens, la diversité technologique qualitative du débitage lamellaire du Landry – comme les autres débitages et le façonnage bifacial – est à l’image de la composition du ou des groupe(s) humain(s) l’ayant fréquentée avec un probable panel d’individus de classes d’âge, de niveaux de connaissances et de compétences techniques variées et peut-être même de statuts et de fonctions différenciés suivant les activités sociales ou de subsistance concernées. |
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