La grotte de Font-de-Gaume (Les Eyzies, Dordogne) : quelques jalons pour une histoire sans fin et emblématique

La grotte de Font-de-Gaume, découverte en septembre 1901, appartient à l’histoire de la discipline préhistorique. La reconnaissance officielle et définitive de l’authenticité et de l’antiquité de l’art pariétal paléolithique, par la communauté scientifique dans sa très grande majorité, lui doit assu...

Cur síos iomlán

Sábháilte in:
Sonraí bibleagrafaíochta
Foilsithe in:URI:https://journals.openedition.org/paleo,
Príomhchruthaitheoirí: Paillet, Patrick, Paillet, Elena
Formáid: Article ou chapitre numérique
Teanga:Français
Foilsithe / Cruthaithe: Paleo 2024
Ábhair:
Rochtain ar líne:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Cur síos
Achoimre:La grotte de Font-de-Gaume, découverte en septembre 1901, appartient à l’histoire de la discipline préhistorique. La reconnaissance officielle et définitive de l’authenticité et de l’antiquité de l’art pariétal paléolithique, par la communauté scientifique dans sa très grande majorité, lui doit assurément beaucoup. Il aura fallu près d’un quart de siècle d’un long silence, après les découvertes prématurées des œuvres d’Altamira, en Cantabrie, mais aussi de la grotte Chabot, dans le Gard, pour que cette reconnaissance soit enfin acquise officiellement en 1902, lors de la 31e session du Congrès de l’Association française pour l’avancement des Sciences de Montauban, précédée de peu par l’acte de contrition d’Émile Cartailhac, le « Mea culpa ». Même si elle n’est pas la première grotte ornée découverte en Dordogne et publiée, Font-de-Gaume impose la puissance de ses œuvres figuratives et abstraites, gravées, dessinées et même peintes en polychromie, disposées en longues frises, en « véritables et nombreuses fresques » (Capitan, Breuil 1901b p. 495), alors que les compositions pariétales de La Mouthe, première grotte ornée découverte en Dordogne et plusieurs fois publiée, étaient considérées comme un peu moins spectaculaires. « À Font-de-Gaumes, mieux encore que dans les autres grottes, j’avais l’impression d’un travail systématique, d’une ornementation voulue de la caverne » (Cartailhac 1912 p. 13). É. Cartailhac s’exprimait ainsi car il était convaincu que c’était bien Font-de-Gaume, dont les fresques étaient fort analogues à celles d’Altamira, qui était le point de départ d’une nouvelle ère. Selon lui, Font-de-Gaume, avec certitude, « arrachait Altamira à un injuste oubli et faisait tomber nos critiques et nos incertitudes » (op.cit. p. 14). Mais autant de bons mots et de repentances ne pouvaient pas laisser de marbre Émile Rivière, l’authentique premier en Périgord, dont l’autorité et le rôle dans la reconnaissance de l’art pariétal se trouvaient mis à mal, pour ne pas dire ruinés par une forme de réécriture de l’Histoire. É. Rivière était en quelque sorte dépossédé de son statut de pionnier par É. Cartailhac, et bien entendu par Louis Capitan, Henri Breuil et Denis Peyrony. Ce trio, inventeur des Combarelles et de Font-de-Gaume, que l’on a parfois qualifié de « trust des grottes ornées », allait capitaliser sur ses inventions et notamment sur Font-de-Gaume qui devenait la pierre angulaire d’un nouveau paradigme. Avec la monographie de 1910, une première archéologie des grottes ornées voyait le jour, certes sous la tutelle de L. Capitan, mais surtout sous la plume, le crayon et le pastel de H. Breuil. Avec Font-de-Gaume, H. Breuil s’imposait dans la vie scientifique mondiale comme le leader incontesté de l’étude et de la valorisation des arts de la Préhistoire. Son primat assuré, il pouvait ainsi se consacrer à l’étude et la publication de presque toutes les grottes et sites ornés progressivement découverts, et abandonner l’exploitation de Font-de-Gaume à son véritable inventeur, D. Peyrony. La mise en tourisme de la vallée de la Vézère et l’ouverture au public des sites préhistoriques et des grottes ornées devinrent le cheval de bataille de D. Peyrony. Au premier rang, l’exceptionnelle grotte de Font-de-Gaume devenait un haut lieu touristique incontournable, au même titre que le nouveau musée de Préhistoire des Eyzies. L’électrification de la grotte, la sécurisation du chemin d’accès extérieur depuis la vallée et les aménagements dans les galeries étroites de la cavité se succédèrent à partir des années 1910. Si ces interventions contribuèrent à améliorer les conditions de visites et à vitaliser l’économie touristique locale, leur caractère profondément invasif eut des conséquences fâcheuses sur la conservation de la grotte. Un état des lieux et un constat sanitaire actualisés seront dressés dans le cadre du programme de recherche interdisciplinaire initié en 2020 sous la direction de Patrick Paillet.