Dé-domestiquer le guaraná : la construction politique d’un patrimoine bioculturel chez les Sateré-Mawé

L’article explore les ressorts et les enjeux onto-épistémologiques, pratiques et politiques du processus de « dé-domestication » du guaraná dans lequel s’est engagé depuis une trentaine d’années un collectif d’Indiens Sateré-Mawé, en Amazonie brésilienne. Alors que la recherche scientifique tend à m...

Ausführliche Beschreibung

Gespeichert in:
Bibliographische Detailangaben
Veröffentlicht in:URI:https://journals.openedition.org/nuevomundo,
1. Verfasser: Congretel, Mélanie
Format: Article ou chapitre numérique
Sprache:Français
Veröffentlicht: Nuevo mundo mundos nuevos 2026
Schlagworte:
Online Zugang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beschreibung
Zusammenfassung:L’article explore les ressorts et les enjeux onto-épistémologiques, pratiques et politiques du processus de « dé-domestication » du guaraná dans lequel s’est engagé depuis une trentaine d’années un collectif d’Indiens Sateré-Mawé, en Amazonie brésilienne. Alors que la recherche scientifique tend à montrer que les Sateré-Mawé auraient entièrement domestiqué cette plante énergisante, aujourd’hui consommée partout dans le monde, une partie de ces derniers, engagés dans un projet d’autonomisation reposant sur le commerce équitable de guaraná, revendique le maintien de populations sauvages et « semi-domestiques » sur leur territoire. En nous appuyant sur l’analyse socio-anthropologique de données ethnographiques et documentaires, nous montrons que ces affirmations ne sont pas contradictoires, mais résultent de traductions de savoirs et d’ontologies distinctes de la plante, dans un contexte où les injonctions à moderniser la ressource et les pratiques de production entrent en friction avec le projet d’émancipation des Sateré-Mawé. La semi-domestication qu’ils revendiquent correspond ainsi à une traduction fine, dans le registre de l’écologie évolutive, de la relation d’apprivoisement temporaire qu’ils entretiennent avec le guaraná, plante qu’ils considèrent comme leur ancêtre et leur principale source de connaissance. Cette traduction repose sur des collaborations et hybridations de savoirs, et s’inscrit dans une démarche de (re)construction collective d’un patrimoine bioculturel, dans un contexte où revendiquer la contribution de leurs pratiques traditionnelles au maintien de la biodiversité sert davantage leurs ambitions que la reconnaissance de leur rôle dans la domestication de l’espèce.