Quand le citoyen devint associé : effets de traduction et emprunts au droit des affaires dans la pensée politique française du xviiie siècle

Avec l’essor d’une société tournée vers le grand commerce au xviiie siècle s’opère un changement majeur dans l’idée de citoyenneté : le citoyen en vient à être considéré comme un actionnaire de la chose publique. En adaptant au domaine politique la terminologie du droit des affaires, s’est imposée p...

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Julkaisussa:URI:https://journals.openedition.org/mots,
Päätekijä: Mottironi, Henri-Pierre
Aineistotyyppi: Article ou chapitre numérique
Kieli:Français
Julkaistu: Mots. Les langages du politique 2023
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Linkit:Accès Université d'Orléans et IFPM
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Yhteenveto:Avec l’essor d’une société tournée vers le grand commerce au xviiie siècle s’opère un changement majeur dans l’idée de citoyenneté : le citoyen en vient à être considéré comme un actionnaire de la chose publique. En adaptant au domaine politique la terminologie du droit des affaires, s’est imposée progressivement à la fin de l’époque moderne une conception plus économique et contractuelle du lien entre électeurs et élus, qui fonde l’idée de mandat représentatif. Cet article vise à retracer certaines étapes de cette transformation sémantique en montrant le rôle des traductions de l’anglais au français dans ce phénomène au xviiie siècle. À la fin du xviie siècle, l’image du magistrat comme tuteur de la république, que l’on doit à Cicéron, est reconvoquée dans la pensée politique britannique. Mais elle est traduite dans les termes du droit du trust dans les grands textes anti-absolutistes et républicains britanniques, faisant émerger tout une doctrine du bon gouvernement comme un gouvernement limité de dirigeants trustees des libertés de leur peuple. Difficilement traduisible, cette terminologie politique est transcrite en français au xviiie siècle dans le vocabulaire de la commission et la procuration. Ce jeu de traductions participe à politiser un ensemble de termes jusqu’alors cantonnés à un usage commercial et qui devient par la suite constitutif du vocabulaire politique de la Révolution française : « commettants », « commis », « constituants » et « pouvoirs constitués » transforment ainsi le citoyen en associé.