Enjeux historiques des journaux et de la correspondance dans la réécriture de l’histoire de la révolution sous Stalin
Cet article explore les dynamiques de l’échange communicationnel à l’époque de Stalin et son impact sur la formation de l’opinion. Alors que les journaux, qui présentent leurs auteurs dans un état solitaire de monologue intérieur, révèlent souvent des étendues d’ambiguité et de doute, une communicat...
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| Dans: | URI:https://journals.openedition.org/monderusse, |
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| Auteur principal: | |
| Format: | Article ou chapitre numérique |
| Langue: | Français |
| Publié: |
Cahiers du monde russe
2016
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Résumé: | Cet article explore les dynamiques de l’échange communicationnel à l’époque de Stalin et son impact sur la formation de l’opinion. Alors que les journaux, qui présentent leurs auteurs dans un état solitaire de monologue intérieur, révèlent souvent des étendues d’ambiguité et de doute, une communication engagée, particulièrement entre personnes se faisant confiance, est beaucoup plus à même de donner naissance à des jugements et des opinions clairs, ce qui est de la plus haute importance sur le plan de la capacité critique. La riche correspondance personnelle de la famille Krav©enko-Spunde, famille de vieux bolcheviks engagés, montre à quel point un échange ouvert peut susciter et renforcer tant le soutien que la critique la plus âpre du système. Ces documents mettent en lumière un changement majeur, le passage d’un soutien quasi inconditionnel au régime stalinien à sa critique de « fossoyeur de la révolution », condamnation qui émerge du débat politique tenu dans le cercle étroit de la famille. De plus, la défense d’un bien commun à l’encontre du discours public pousse les discutants à transcender leur cercle restreint et à chercher un contre-public indispensable pour lever le soupçon de particularité qui pèse sur les « biens » défendus au sein de ce cercle et pour confirmer ainsi leur caractère de « bien commun ». La tentative d’élargissement du cercle communicationnel mène à une nouvelle activité dans l’écriture mémorielle qui se propose aussi bien de dévoiler les mensonges du système que de révéler un héritage révolutionnaire distinct de la représentation officielle monopolisée par le régime. L’expérience des relations personnelles pendant la révolution joue un rôle essentiel pour cette revendication dissidente d’un héritage révolutionnaire. Camaraderie et confrontation unie face à l’ennemi pendant la guerre civile doivent être distinguées de l’énonciation et de l’élaboration d’opinions lors de débats publics. Seule cette seconde expérience, basée sur la réciprocité, pouvait donner lieu à la constitution d’une personne politique. Le système stalinien craignait cette personne politique et tentait de l’anéantir dans les années 1930, notamment lors des Grands Procès au cours desquels l’expérience des relations humaines et de la confiance pendant la révolution même fut systématiquement sapée par l’accusation d’hypocrisie. |
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