De l’usage du fidéicommis à l’âge moderne. État des lieux
En guise d’introduction au dossier consacré au fidéicommis publié dans le présent volume, cet article entend rendre compte des acquis historiographiques et des perspectives de recherche sur une pratique de succession protéiforme qui s’est répandue partout en Europe à l’époque moderne au-delà de la n...
Uloženo v:
| Vydáno v: | URI:https://journals.openedition.org/mefrim, |
|---|---|
| Hlavní autoři: | , , |
| Médium: | Article ou chapitre numérique |
| Jazyk: | Français |
| Vydáno: |
Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines
2013
|
| Témata: | |
| On-line přístup: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Shrnutí: | En guise d’introduction au dossier consacré au fidéicommis publié dans le présent volume, cet article entend rendre compte des acquis historiographiques et des perspectives de recherche sur une pratique de succession protéiforme qui s’est répandue partout en Europe à l’époque moderne au-delà de la noblesse qui en fit un de ses attributs. Longtemps monopolisée par les historiens du droit qui s’appuyaient essentiellement sur les textes normatifs et les traités des légistes d’Ancien régime, l’étude du fidéicommis a été renouvelée, à partir des années 1970, à la faveur d’une plus grande attention aux actes de la pratique (testaments, actes judiciaires) dans le cadre des travaux consacrés au comportement économique de la noblesse, aux stratégies de reproduction sociale et aux pratiques de transmission. Le fidéicommis fut alors replacé dans une gamme plus vaste d'instruments d’exclusion destinés à assurer la conservation du patrimoine : la primogéniture, l'exclusion des filles de l'héritage, le célibat des cadets, la réduction du nombre de mariages, la limitation des naissances. L’idée d’une diffusion au XVIe siècle à partir d’un foyer ibérique fut aussi remise en cause au profit de raisons endogènes qui expliquaient les décalages chronologiques et les différences régionales. Par la suite, l'élargissement des problématiques à l'idéologie de la famille contribua à attirer l'attention sur la dimension culturelle et anthropologique d’un instrument juridique qui participait d’un système de valeur patriarcal où lignage et patrimoine se confondaient et où les héritiers occupaient des positions plus qu’ils n’avaient de droits sur les biens liés. Fort de ces acquis, le fidéicommis a suscité depuis quelques années un regain d'intérêt auquel ne sont pas étrangers les efforts entrepris pour repenser le rapport entre norme juridique et pratique sociale, entre stratégie individuelle et contrainte collective, entre contexte culturel et comportements familiaux. La mise en évidence d’une grande diversité des formes et des usages du fidéicommis a conduit à repenser, à nouveaux frais, un certain nombre de questions : l’articulation avec d’autres pratiques d’exclusion (notamment la primogéniture, bien moins systématique qu’on ne l’a longtemps prétendu), les diverses significations qui présidaient à sa fondation, les manipulations dont il était l’objet et la conflictualité intrafamiliale qu’il engendrait, l’ampleur de sa diffusion sociale et la variété des biens sur lesquels il était instauré, ses effets sur le système dotal, le recouvrement des crédits et le marché foncier, le rôle d’arbitre et de contrôle de l’autorité souveraine. À l’aune de ces questions, le fidéicommis apparaît comme un phénomène social total au croisement de la parenté, du politique et de l’économie. |
|---|