Le studio comme nouvelle doctrine des Industries Culturelles et Créatives ? Une analyse du dispositif « La grande fabrique de l’image » (France 2030)

Lancé dans le cadre du plan France 2030, l’appel à projets « La grande fabrique de l’image » (GFI) inscrit, avec le PEPR ICCARE, dans la Stratégie nationale d’accélération des Industries Culturelles et Créatives (ICC), vise à transformer l’écosystème audiovisuel français en déplaçant le centre de gr...

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Detalles Bibliográficos
Publicado en:URI:https://journals.openedition.org/map,
Autor principal: Gimello-Mesplomb, Frédéric
Formato: Article ou chapitre numérique
Lenguaje:Français
Publicado: Mise au point 2025
Materias:
Acceso en línea:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descripción
Sumario:Lancé dans le cadre du plan France 2030, l’appel à projets « La grande fabrique de l’image » (GFI) inscrit, avec le PEPR ICCARE, dans la Stratégie nationale d’accélération des Industries Culturelles et Créatives (ICC), vise à transformer l’écosystème audiovisuel français en déplaçant le centre de gravité de sa politique culturelle : du soutien traditionnel aux œuvres vers une politique industrielle des infrastructures. Ce basculement du modèle de l’auteur vers celui du « cluster » peut être vu comme le symptôme d’un mouvement de fond lié à la sérialisation de la production, corolaire de la montée en puissance de la SVoD au niveau mondial. Ce plan ambitionnant un « bond en avant industriel » dans le domaine audiovisuel, avec le doublement des capacités d’accueil de tournages des studios français, marque une rupture doctrinale qui contraint le CNC à intégrer à son action une logique industrielle qui ne lui est pas naturelle. Cet article analyse dans une perspective communicationnelle ces mutations, et leurs tensions, en s’appuyant sur l’histoire des industries techniques, la théorie des clusters et une analyse critique des documents officiels de la stratégie nationale pour les ICC (rapports parlementaires, évaluation des besoins, rapports de la Cour des comptes, bilans du CNC). Il montre que la GFI orchestre un tournant stratégique : le passage d’une politique de soutien traditionnellement centrée sur les œuvres et les auteurs vers une politique industrielle, processus que nous qualifions dans cet article de « studiorisation » car il déplace progressivement l’infrastructure du studio au cœur du dispositif de création de valeur. Ce virage s’avère pourtant paradoxal : en promouvant la qualité technique comme pilier de la compétitivité, il renoue avec l’imaginaire du cinéma de la « Qualité française » des années 1930-1950, tout en entrant en tension avec l’héritage de la politique des auteurs qui irrigue, depuis 1959, la doctrine de répartition des aides publiques au cinéma. L’analyse critique de ce plan d’action révèle également ses limites (biais dans l’évaluation des besoins en formation, manque de données d’impact économique). La conclusion interroge la capacité de ce nouvel ordre industriel revisitant le rôle des studios à composer durablement avec le modèle culturel sur lequel le cinéma français s’est jusqu’ici construit.