Le genre est-il soluble dans la vieillesse ? Étude comparative de Tatie Danielle d’Étienne Chatiliez (1990) et d’Albert est méchant de Hervé Palud (2003)

Si, de manière générale, les phénomènes d’intersectionnalité sont trop peu abordés en France, la double discrimination de genre et d’âge l’est encore moins et reste largement inexplorée. Être une femme et âgée semble vouloir dire être frappée d’une double stigmatisation en termes de représentations....

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Autor principal: Grenon, Marie
Format: Article ou chapitre numérique
Idioma:Français
Publicat: Mise au point 2023
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Descripció
Sumari:Si, de manière générale, les phénomènes d’intersectionnalité sont trop peu abordés en France, la double discrimination de genre et d’âge l’est encore moins et reste largement inexplorée. Être une femme et âgée semble vouloir dire être frappée d’une double stigmatisation en termes de représentations. Ces deux types de discrimination reposent sur les mêmes processus de disqualification. Plus encore, ils se renforcent l’un l’autre car les mêmes stéréotypes – négatifs, comme la rouerie ou la faiblesse – sont souvent associés à la fois à la vieillesse et au genre féminin. Pourtant, la vieillesse est bien loin d’être un genre neutre. Les différences de représentations entre vieillesse masculine et féminine sont nombreuses et, pour les souligner, l’approche comparative est tout particulièrement efficiente. Ainsi, la manière dont sont présentées les personnes âgées dans Tatie Danielle d’Étienne Chatiliez (1990) et Albert est méchant de Hervé Palud (2003) permet de mesurer l’écart de ces représentations en fonction des genres. Ces deux longs métrages présentent de nombreux points communs : ce sont deux comédies françaises sorties à la même époque qui mettent en scène deux septuagénaires dont la caractéristique principale est la méchanceté. La seule différence notable entre ces deux protagonistes qui prennent un malin plaisir à torturer leur entourage n’est donc qu’une différence de genre. Et pourtant, cette seule différence influence de manière tout à fait remarquable la représentation de ces deux personnages. Cette étude se propose ainsi de montrer qu’il existe une différenciation intersectionnelle, à la fois de genre et d’âge, dans les représentations cinématographiques françaises contemporaines. Si les personnes âgées sont discriminées, elles ne le sont pas de la même manière en fonction de leur genre. Masculin et féminin ne se fondent pas l’un avec l’autre durant le grand âge, recouverts par le stigmate de la vieillesse qui annihilerait toute différence de genre au profit de celui de l’âge.