Orphée face aux Bacchantes

S’il est une racine mythique à la « mélophobie », elle est sans doute à chercher dans les circonstances qui président à la mort d’Orphée. Les Ménades de Thrace se précipitent sur le père des poètes musiciens et déchirent son corps avec fureur, annihilant pour la première fois le pouvoir de son chant...

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Pubblicato in:URI:https://journals.openedition.org/litteratures,
Autore principale: Avignon, Nathalie
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: Littératures 2014
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Descrizione
Riassunto:S’il est une racine mythique à la « mélophobie », elle est sans doute à chercher dans les circonstances qui président à la mort d’Orphée. Les Ménades de Thrace se précipitent sur le père des poètes musiciens et déchirent son corps avec fureur, annihilant pour la première fois le pouvoir de son chant. Le présent article se propose d’examiner certaines résurgences contemporaines du mythe à travers l’exemple de trois romans dont les parutions s’échelonnent sur une trentaine d’années : Porporino ou les mystères de Naples de Dominique Fernandez (1974), Melodien d’Helmut Krausser (1993), The Time of Our Singing de Richard Powers (2003). Le premier, qui se présente comme les mémoires apocryphes d’un jeune castrat, fait revivre les riches heures des écoles de chant napolitaines du xviiie siècle. Le deuxième, roman historique également, imagine le parcours picaresque, dans l’Italie baroque, d’une série de mélodies « magiques », à travers le regard d’un xxe siècle finissant. Le troisième est une vaste fresque familiale retraçant l’itinéraire hors du commun de trois enfants métis passionnés de musique au cœur d’une Amérique éprouvée par les tensions raciales. Nous verrons comment les diverses formes de mutilations subies par le corps du chanteur établissent une radiographie d’une pensée idéaliste portée à l’absolutisation de la musique, ce dont les multiples déchirements du xxe siècle invitent, en définitive, à faire le procès.