Histoires de thuyul

À partir d’enquêtes de terrain menées dans la ville de Jogjakarta (Java Centre) de 1997 à 2001, au plus fort de la crise politique et économique indonésienne, cet article revient sur les usages politiques concrets de certains motifs de croyance. Les histoires de thuyul et de « Singe Blanc » recueill...

Szczegółowa specyfikacja

Zapisane w:
Opis bibliograficzny
Wydane w:URI:https://journals.openedition.org/jda,
1. autor: Bertrand, Romain
Format: Article ou chapitre numérique
Język:Français
Wydane: Journal des anthropologues 2007
Hasła przedmiotowe:
Dostęp online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Opis
Streszczenie:À partir d’enquêtes de terrain menées dans la ville de Jogjakarta (Java Centre) de 1997 à 2001, au plus fort de la crise politique et économique indonésienne, cet article revient sur les usages politiques concrets de certains motifs de croyance. Les histoires de thuyul et de « Singe Blanc » recueillies dans le quartier de Karangkajen permettent d’entrevoir la manière dont certains acteurs sociaux mobilisent la référence au « monde invisible » pour mettre en accusation des notables arrogants et disqualifier des styles de vie jugés incompatibles avec l’ordonnancement rituel de la sociabilité intra‑communautaire. Les thuyul sont de petits esprits chapar­deurs qui, sur ordre d’un propriétaire mal intentionné, dérobent de l’argent dans les maisonnées du voisinage : ce sont des créatures liées aux soucis de fortune, dont la mention permet de mettre en dispute, plus ou moins publi­quement, les inégalités supposées de richesse entre habitants d’un même village ou d’un même quartier. Le « Singe Blanc » est une créature maléfi­que qui apporte la richesse à son commanditaire en échange du sang ou de l’esprit de victimes désignées : les récits qui l’évoquent, et qui appartien­nent à des cycles populaires javanais englobants, permettent l’énonciation d’un jugement moral sur les modes « illégitimes » d’accumulation. De façon générale, l’accusation de recours aux magies (maléfiques) d’enrichissement (pasugihan), qui se solde fréquemment par l’ostracisation et le lynchage, provoque la mise en débat des critères de la bienséance sociale, et donc de l’appartenance à l’espace « ordonné » de la vie collec­tive.