Le scientifique de terrain entre masques et visages

À partir d’une double ethnographie menée dans les stations antarctiques françaises (Dumont d’Urville, Cap Prud’homme, Concordia) et de l’analyse de fonds photographiques institutionnels, cet article interroge la fabrique visuelle de la catégorie du scientifique au travail dans les missions française...

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Bibliografiske detaljer
Udgivet i:URI:https://journals.openedition.org/itti,
Auteurs principaux: Dupuis, Elisa, Prat, Rachel
Format: Article ou chapitre numérique
Sprog:Français
Udgivet: Images du travail, travail des images 2026
Fag:
Online adgang:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
Beskrivelse
Summary:À partir d’une double ethnographie menée dans les stations antarctiques françaises (Dumont d’Urville, Cap Prud’homme, Concordia) et de l’analyse de fonds photographiques institutionnels, cet article interroge la fabrique visuelle de la catégorie du scientifique au travail dans les missions françaises. Loin de documenter une figure préexistante, la photographie participe activement à sa production, selon une triple mise en scène : celle d’un milieu sublime qui confère une charge morale à l’activité, celle d’un corps hybride, la « corpolarité », où l’humain et l’équipement technique forment une unité opérationnelle indissociable, et celle d’une matérialité instrumentale fonctionnant comme régime de preuve. Il montre ensuite comment ces images sont réinvesties par les institutions dans un discours de légitimation politique et scientifique, où le scientifique devient l’emblème d’une science de terrain à la fois vérifiable et médiatisable. Si l’uniforme vestimentaire et les codes iconographiques brouillent, aux yeux des personnes extérieures à ce milieu, les frontières entre chercheurs, techniciens et logisticiens au profit d’une identité commune d’expéditionnaire, les personnes directement concernées par ces missions développent quant à elles un autre imaginaire, fondé sur l’expérience partagée du terrain. C’est ce que révèle le déplacement du regard vers les pratiques photographiques vernaculaires (détournements humoristiques, tableaux de mission) par lesquelles les expéditionnaires se réapproprient les codes officiels pour construire un récit collectif de l’expérience vécue. La figure du scientifique polaire apparaît ainsi comme un agencement instable, construit et recomposé sans cesse dans les usages, les codes, les circulations et les appropriations des images.