De la Sibylle à la sorcière : rétrospective d’une évolution entre parole et action dans la littérature française
Si, selon les mots de Jules Michelet « La Sibylle prédit le sort, la Sorcière le fait », force est d’admettre que ces deux figures ont des liens de parenté : déjà, chez Virgile, la Sibylle guide Énée vers les Enfers, revêtant de facto des traits chthoniens et une posture plus active que son rôle rel...
Đã lưu trong:
| Xuất bản năm: | URI:https://journals.openedition.org/interferences, |
|---|---|
| Tác giả chính: | |
| Định dạng: | Article ou chapitre numérique |
| Ngôn ngữ: | Français |
| Được phát hành: |
Interférences
2026
|
| Những chủ đề: | |
| Truy cập trực tuyến: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Tóm tắt: | Si, selon les mots de Jules Michelet « La Sibylle prédit le sort, la Sorcière le fait », force est d’admettre que ces deux figures ont des liens de parenté : déjà, chez Virgile, la Sibylle guide Énée vers les Enfers, revêtant de facto des traits chthoniens et une posture plus active que son rôle religieux ne le laisserait présager. Virgile a en effet, dans son Énéide, fixé en un seul personnage des avatars disparates, le liant au passage à Hécate, déesse antique des carrefours et de la sorcellerie. Ensuite, le Moyen-Âge tourne les transes divinatoires de la Sibylle au ridicule, la transformant en personnage burlesque, et l’assimile aux fées. Une métamorphose qui n’a rien d’anodin, dans un contexte de christianisation, qui doit lutter contre les anciennes croyances et pratiques païennes afin de pouvoir s’imposer en Europe. L’amour pour des hommes mortels, raconté dans de nombreux récits médiévaux, rend ainsi les fées moins enclines à vouloir renverser l’ordre établi, malgré les immenses pouvoirs dont elles disposent. Certaines figures médiévales, comme Jeanne d’Arc, passant d’une attitude passive à une attitude active, sont d’ailleurs accusées de sorcellerie à cause de leurs visions. Au XIXe siècle, la figure de la Sibylle est à nouveau reprise par Jules Michelet pour créer le mythe littéraire de la sorcière, à la fois puissante et impuissante, dans le but de servir de contrepoint au monde ecclésiastique de son époque. C’est précisément l’ambiguïté de la figure de la sorcière qui lui permet de durer dans le temps et de devenir un symbole de résistance à l’oppression dans diverses luttes, notamment féministes. C’est notamment sous ce prisme que des auteurs contemporains tels que Chloé Delaume dépeignent la Sibylle : de simple réceptacle de la parole divine, elle devient ainsi une sorcière à part entière, capable d’agir sur le monde. Sa parole devient performative, apte à provoquer l’avenir en même temps qu’elle l’énonce. Ainsi, la figure oraculaire occupe-t-elle une position profondément ambivalente : à la fois hors de l’Histoire par ses capacités divinatoires, elle n’en demeure pas moins rattachée à une époque et à un contexte spécifiques. |
|---|