Les contes des frères Grimm chez Goldschmidt : l’imaginaire d’une enfance menacée
« Je retrouvais les paysages de contes de Grimm à ma porte, la forêt sombre, les étangs mystérieux, entourés d’arbres aux épais feuillages, et en hiver le dessin étrange des branches, sans cesse agitées par le vent. Un effroi indéfinissable habitait désormais cette campagne si calme, doucement étend...
Uloženo v:
| Vydáno v: | URI:https://journals.openedition.org/ilcea, |
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| Hlavní autor: | |
| Médium: | Article ou chapitre numérique |
| Jazyk: | Français |
| Vydáno: |
ILCEA
2014
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| Témata: | |
| On-line přístup: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Shrnutí: | « Je retrouvais les paysages de contes de Grimm à ma porte, la forêt sombre, les étangs mystérieux, entourés d’arbres aux épais feuillages, et en hiver le dessin étrange des branches, sans cesse agitées par le vent. Un effroi indéfinissable habitait désormais cette campagne si calme, doucement étendue. Partout on pouvait y être mis à mort. » (La Traversée des fleuves, p. 111)La menace de la mort est un des éléments constitutifs de l’enfance de Georges-Arthur Goldschmidt, que l’auteur ne cesse de raconter dans ses récits jusqu’alors peu étudiés par la critique. Tout comme la Bible et ses illustrations, les contes des frères Grimm, illustrés par le même Ludwig Richter, constituent une des lectures fondatrices de l’imaginaire enfantin. Tandis que la Bible, dans lequel le jeune garçon découvre à la fois Jésus et le mot « juif » ainsi que la figure du martyre qui le préoccupe des années durant, prétend à l’universalité, les contes des frères Grimm plongent le jeune « Jürgen Arthur » au cœur d’une culture germanique dont il sera exclu par les lois de Nuremberg.Tout d’abord, la lecture des contes établit un lien avec le passé littéraire du xixe siècle et permet de mettre en scène l’arbitraire de la menace de mort dont il est la cible. Ensuite, le livre est un des rares objets qu’il emporte avec lui au moment de la séparation avec ses parents qui se révèle être définitive. Le Miroir quotidien, le premier récit de Goldschmidt, accorde une place centrale à l’un des contes des frères Grimm : grâce à la lecture du conte « Comment des enfants ont joué ensemble au boucher », traduit par Goldschmidt et inséré intégralement dans son récit, le protagoniste est libéré de son sentiment de culpabilité. Au conte succède une longue vague de questionnements relative à « la honte » : la lecture du conte déclenche une forte réaction psychique chez le personnage qui fait l’objet d’un récit propre sans qu’on puisse parler d’« adaptation » du conte au sens propre.Un procédé de « réécriture » qui me paraît d’autant plus remarquable que la scène finale du Miroir quotidien se trouve dans des passages où l’auteur évoque l’époque qui sert de toile de fond au récit Un Jardin en Allemagne, avant son départ pour l’Italie et la France. Goldschmidt s’efforce de restituer une perception du monde imprégnée par l’imaginaire du conte. Mona Körte, dans un article suggestif intitulé « Tier-Werden », a expliqué le motif de métamorphose, mobilisé ici par Goldschmidt, par la référence à la lecture de Kafka. Sans contester une inspiration puisée dans l’univers de Kafka, il me semble plus pertinent de fonder l’analyse sur les fantasmes enfantins dont Goldschmidt fait le récit dans son autobiographie.L’ambiguïté réside dans le fait que la métamorphose est à la fois menaçante et potentiellement libératrice puisque c’est l’« identité » du personnage telle qu’elle est désignée par les lois de Nuremberg, qui le rend « coupable » en raison de ses origines. Quitter son corps, être quelqu’un d’autre et non pas celui qu’il est, serait capable de le sauver. Dans la perception de l’enfant, c’est le caractère « Unheimlich » et un monde quasi-animiste entourant la maison natale qui prévalent sur le merveilleux du conte. Une lecture d’un essai de Goldschmidt explorant le terme « Unheimlich », qu’il place au cœur de l’enfance et qu’il relie expressément aux contes des frères Grimm clôturera mes réflexions. |
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