Prémisses à une libération : la réforme de soi dans À la veille de Tourguéniev
À la veille de Tourguéniev, paru en 1859, est en dépit des apparences un roman politique. Au-delà de l’histoire d’amour très romantique qui en constitue la trame, c’est toute une réflexion sur la liberté qu’il convient de lire en filigrane, cette liberté à laquelle aspire de toutes ses forces la Rus...
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| Опубликовано в: : | URI:https://journals.openedition.org/ilcea, |
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| Главный автор: | |
| Формат: | Article ou chapitre numérique |
| Язык: | Français |
| Опубликовано: |
ILCEA
2013
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| Предметы: | |
| Online-ссылка: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
| Итог: | À la veille de Tourguéniev, paru en 1859, est en dépit des apparences un roman politique. Au-delà de l’histoire d’amour très romantique qui en constitue la trame, c’est toute une réflexion sur la liberté qu’il convient de lire en filigrane, cette liberté à laquelle aspire de toutes ses forces la Russie à la veille de la grande réforme sur l’abolition du servage que va entreprendre Alexandre II.Le personnage de Choubine, très critique à l’égard de ses compatriotes (voir les portraits de Nicolas Stakhov, de Loupoïarov entre autres) dénonce sans ambages leur aliénation au modèle occidental de la liberté, qui a été importé, adopté de manière mimétique, mais non point assimilé.Les amants de Venise (Hélène et le révolutionnaire bulgare Insarov), victimes eux aussi de cette sorte de mystification et de la fièvre nationaliste, se sont précipités dans la cité prestigieuse comme pour posséder cette ville désirable entre toutes, quintessence de l’Occident mythique, mais — singulièrement — ils passent à côté de la sublime Madone en Assomption du Titien. Choubine et Berséniev, les deux prétendants éconduits d’Hélène, se sont avérés deux masochistes qui s’évertuent malgré eux à lui déplaire ; Insarov appartient au fond à la même catégorie de mélancoliques et d’éternels aspirants : il est un homme du ressentiment et sa quête révolutionnaire, se drapant dans l’idée de liberté, masque en réalité son désir de vengeance et ce qui se profilera bientôt derrière ce type d’activisme : une idéologie fanatique, totalitaire et exterminatrice.Hélène, éprise d’absolu, est séduite par la plus grande puissance mimétique d’Insarov, c’est-à-dire par sa plus grande puissance d’anéantissement : il est celui qui va lui permettre de mener à bien son projet suicidaire, qui est de se perdre, de s’abîmer dans l’Autre… Assumant vaillamment son entreprise suicidaire cependant, entêtée à suivre sa destinée jusqu’au bout de sa nuit, elle revêt bientôt dans le roman une dimension héroïque : conquérir la liberté, démontre-t-elle aux idéologues de tous ordres, c’est d’abord conquérir la sienne propre, se réformer soi-même, au prix d’une expérience intime, tragique et douloureuse. |
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